Stevie Wonder 2019

Live Report : Stevie Wonder, Londres (Hyde Park) 06/07/2019

« Je vais encore jouer trois concerts et prendre une pause… et je voudrais être clair avec vous concernant les rumeurs qui courent à mon sujet », lance Stevie Wonder aux 62 000 spectateurs réunis à Hyde Park depuis à peine deux heures, alors que les dernières mesures de “Superstition” raisonnent encore. « Je vais devoir me faire opérer et subir une transplantation rénale en septembre. Tout va bien, j’ai trouvé un donneur. Je suis venu ici ce soir vous donner mon amour et vous remercier pour tout l’amour que vous me renvoyez », assure la dernière icône de la Motown après un concert décousu, du début à la fin.

Dès l’entame de l’inusable “Master Blaster”, Stevie Wonder semble dépassé, alors même qu’il est sur scène depuis à peine dix minutes. Derrière lui, ses fidèles musiciens et choristes redoublent d’energie et couvrent sa voix souvent méconnaissable, mais rien n’y fait. Amaigri et semblant à bout de souffle, le chanteur balbutie un répertoire usé jusqu’à la corde. La Wild Card offerte au jeune chanteur anglais Daley et la relecture de “Creepin’”, en duo avec Corinne Bailey Rae, ne fonctionne pas davantage et laisse présager le pire. Bienveillant, le public anglais joue le douzième homme avec panache, galvanisé par des hectolitres de bières et de rosé, made in Bulgary, engloutis entre deux portions de fish & chips. Sur scène, Stevie Wonder joue à peine depuis une heure, mais il a déjà passé la main à DJ Qwess Coast pour un interminable et sinistre hommage où des tubes de Prince, David Bowie, Marvin Gaye, Michael Jackson et Aretha Franklin sont diffusés sur une sono indigne.

Alors que le naufrage semble inéluctable et que la foule commence à s’ennuyer ferme sous la pluie, Stevie Wonder reprend les commandes de son vaisseau amiral pour une dernière demie-heure de balades en forme d’épitaphe, dopée par une version survitaminée de “Do I Do”, sauvé des eaux par miracle. Comme pour signifier au monde entier que les héros sont immortels. Quoiqu’il arrive.

Setlist

September
As If You Read My Mind
Master blaster feat Jammin’
Higher ground
Dont you Worry About A Thing
Rocket love
You and I (duo avec Daley)
For Once In My Life
That girl
Creepin’ (duo avec Corinne Bailey Rae)
Signed Sealed & Delivered (I’m Yours)

DJ set by Qwess Coast
What’s Going On
Billie Jean
When Doves Cry
Let’s Dance
Rehab
Respect

Sir Duke
I Wish
Living For The City
My Cherie amour
You are Sunshine Of My Life
Imagine
I Just Called To Say I Love You
Do I do
Superstition


Revolution4

Live Report : The Revolution, Paris (La Cigale) 11/02/2019

Que retenir d’un tribute show sans véritable autre enjeu que celui de ranimer la flamme pourpre une dernière fois devant un public conquis d’avance ? Le funk straight form MPLS du medley “Uptown/D.M.S.R.” et “Erotic City” ? L’impeccable mise en place rythmique de Wendy Melvoin et ses chorus de guitare sur “When Doves Cry” et “Purple Rain” ? Les pas de danse robotiques de Dr. Fink sur les acrobaties synthétiques de “Head” ? L’interlude Debussy/Chopin de Lisa Coleman ? La cravate de Bobby Z. ? L’abattage de Brown Mark, moteur d’un groupe tournant parfois sans tous ses cylindres ?

Au cœur d’un concert parfois inégal —tempos avachis, adaptations Playskool de “Raspberry Beret” et “Delirious”, jams petit bras…—, un petit miracle a pourtant eu lieu, le temps d’un déchirant “Sometimes It Snows in April” sublimé en configuration acoustique par Wendy & Lisa. The Revolution was here, mais l’instantané des plus remarquables muses de Prince duettisant sous un spot de La Cigale restera longtemps dans les mémoires.

Setlist

  • America
  • Computer Blue
  • Mountains
  • Take Me With U
  • Uptown
  • D.M.S.R.
  • 17 Days
  • Raspberry Beret
  • Erotic City
  • Let’s Work
  • 1999
  • Baloon/Sometimes It Snows in April
  • Let’s Go Crazy
  • Delirious
  • Controversy  (feat. Mutiny, High Fashion, Head, Lisa Debussy impro)
  • Kiss
  • When Doves Cry
  • Purple Rain
  • I Would Die 4 U
  • Baby I’m a Star



ZAPP - Trabendo - Paris

Live report : The Zapp Band, Paris (Trabendo) 04/11/2018

En mai 1996, Roger Troutman donnait ses deux concerts parisiens au Hot Brass. 22 ans plus tard, le renommé Zapp Band était de retour dimanche soir dans la même salle de la Porte de Pantin, devenue entre-temps Le Trabendo. Dans le cadre d’une courte tournée européenne accompagnant la sortie du très recommandable Zapp VII : Roger and Friends, le groupe composé de six membres, dont deux Zappeurs d’origine, Lester Troutman à la batterie et son frère cadet Terry à la talbox à roulettes et à peu près tout le reste, est venu de Dayton (Ohio) pour donner un show à l’image des albums numérotés des empereurs de l’handclap atrophié : beaucoup d’electro-grooves irrésistibles et quelques ballades pour faire retomber le funkomètre.

Dans la première catégorie, “So Ruff, So Tuff”, “Dance Floor”, “Heartbreaker”, le récent “Shy” et le grand final “More Bounce to The Ounce/California Love” sont tempérés par leurs homologues downtempo, dont un “Computer Love” ambiance pink paradise et un “I Want To Be Be Your Man” un peu trop insistant. Une des rares longueurs des 85 minutes d’un effort collectif rythmé par quelques gimmicks de vieux pros du circuit — solo de guitare au milieu du public, costumes en ampoules led, chorégraphies acrobatiques — et un second degré bienvenu, héritage de l’humour outrageux des performances histrioniques de Roger Troutman. Avec le sourire, Lester Troutman revendique la couronne électro-funk en transformant “Uptown Funk” en “Zapptown Funk” pendant son solo de batterie. If you don’t believe Zapp just watch !

Setlist

  • Intro
  • So Ruff, So Tuff
  • I Can Make You Dance
  • Dance Floor
  • Drum Solo
  • I Heard It Through the Grapevine
  • Blues Solo/Shake (Gap Band)
  • Doo Wa Ditty (Blow That Thing)
  • Heartbreaker
  • Computer Love
  • I Want To Be Your Man
  • Shy
  • More Bounce To The Ounce
  • California Love


George Clinton @ Le Casino de Paris

Live Report : George Clinton & Parliament-Funkadelic, Casino de Paris (03/07/2018)

S’il faisait chaud à Paris mardi, la température à l’intérieur du Casino de Paris pour la dernière prestation hexagonale de George Clinton & Parliament-Funkadelic frôlait celle de l’enfer ! Le thermomètre finira même par exploser hors des graduations avant la fin de la soirée…

Après la première partie passable de Miss Velvet & the Blue Wolf (imposée par George Clinton à la dernière minute), la foule est chaude -pléonasme- pour la Malka Family ! Intro de folie avec Joe Mannix qui ramone un unique riff de guitare à faire dresser les morts avec Roro derrière la batterie… Mais, hélas, les choses ne vont pas tarder à se gâter. Un truc inouï : toute la sono saute, et plus de micros pour le reste de la troupe arrivée entre temps. Le show reprend, mais ça pète à nouveau – l’histoire dure au moins 20 minutes. Juan Rozoff vient à la rescousse pour tenter d’expliquer sans micro face à une salle très énervée ce qui se passe. Le Fonktzar est couvert par les « remboursez » et autres cris d’oiseaux ! Heureusement, La Malka fait bonne figure et reviendra pour une prestation inspirée, mais loin de celle du mois de janvier à La Cigale.

Malka Family @ Le Casino de Paris

Changement de set, check des micros, le Casino de Paris ne supporterait pas un autre accroc, et c’est parti pour plus de deux heures de déluge sonore. Contrairement à ses vieilles habitudes, George Clinton entre en scène avec le reste du groupe. Quel changement !!! Drivé par sa nouvelle épouse, l’Overlord of Funk apparaît aminci, le teint vif et clair, l’œil brillant et affichant quinze années de moins au compteur.

La première partie du set est vraiment étrange : du rap à gogo sur des guitares en fusion dans lequel il est très difficile de reconnaître ses petits. Pour les anciens (dont je fais partie), la mixture du jour concoctée par Uncle George n’est guère appréciée. Et elle dure… On se reporte donc sur la belle-fille de George, la sublime Brandi Scott qui aura fait tourner les yeux et tordre les cous de toute la gente masculine. Arrivée avec un body complet pailleté, elle ne tardera pas à se mettre à l’aise avec un short rikiki et des bottes à semelle compensées lamées argent. Même pas besoin de pilule bleue à la place de celle, indigeste, de ce début de concert ! Toujours sur le devant de scène et beaucoup moins cloué sur sa chaise que les George Clinton @ Le Casino de Parisfois précédentes, George semble néanmoins apprécier. Nous sommes venus à sa dernière fête, alors on suit, malgré l’énorme faute de goût de la chanson de Kandy Apple Redd en playback et l’intermède anachronique de Danny Bedrosian tout seul aux claviers au milieu de ce déluge sonique.

Arrive enfin le moment tant attendu. “Maggot Brain”… Le Casino devient Notre Dame, avec la messe délivrée en direct par la patte magistrale de Blackbyrd McKnight ! Les yeux de ma voisine s’embuent, on sort le mouchoir à l’écoute du déchirant instrumental Hendrixien vieux de 47 ans. Le Grand moment de la soirée pour tous, suivi par une deuxième partie qui ravira les fans du canal historique. L’oreille accroche un “Flashlight” qui relance la machine P, suivi de “(Not Just) Knee Deep” et l’inévitable “Give Up The Funk”. Tout le monde se détend, sauf ceux qui quittent la salle au vu du retard pris avant de risquer de se retrouver piégés par les derniers bus et métros. Et c’est la fin. Près de 60 ans de carrière et puis s’en va.

À la sortie, les musiciens sont joyeux. Pas de chance : après le colossal cafouillage de la sono pendant le set de la Malka Family, eux auront droit… à une panne de bus ! Une étrange sensation m’étreint. C’est l’heure des derniers disques à dédicacer et des selfies parmi la poignée de funkateers encore présents. L’an prochain, à la même époque, on pensera à George Clinton, sur son bateau, en train de pêcher au gros dans le Golfe du Mexique, sous sa casquette, heureux, les doigts de pieds en éventail et savourant un repos plus que mérité… De nôtre côté, on pourra dire qu’on était là pour la dernière, à Paname.

Vive le P-Funk !

Blaise “Wonder B”.


Setlist

  • Funkadelic Intro (incl. Music For My Mother, solo de Blackbyrd McKnight, Get Off Your Ass And Jam et You And Your Folks, Me And My Folks)
  • Mama Told Me
  • Pole Power
  • Baby Like Funkin’ It Up
  • Meow Meow
  • Get LowGeorge Clinton @ Le Casino de Paris
  • Ain’t That Funkin’ Kinda Hard On You? (incl. solo de Greg Thomas)
  • I’m Gon Make U Sick O’Me (incl. Up For The Down Stroke, Cookie Jar, “To The Window, To The Wall” chant)
  • Psychotropic
  • Backwoods
  • Type Two
  • Danny Bedrosian solo: Loving You Takes All My Time (orig. par The Debonaires)
  • Maggot Brain
  • Dirty Queen
  • Flash Light (feat. Malka Horns)
  • (Not Just) Knee Deep (incl. “I Ain’t Funkin’ Wit’ You” chant) scat solo de Greg Thomas > guitar solo de Blackbyrd McKnight > Knee Deep (reprise)
  • Give Up The Funk (Tear The Roof Off The Sucker)
  • Night Of The Thumpasorus Peoples (incl “The Roof Is On Fire” chant)
  • Outro




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Live Report : Chic/Earth Wind & Fire, Philadelphia (01/08/2017)

When the musical elements of the universe, Earth, Wind & Fire join together with an eloquent sound that is Chic, a mesmerizing musical experience forms.  Earth, Wind & Fire along with Chic feat. Nile Rodgers are currently traveling throughout the United States to bring audiences a night of soul, disco, and funk that will leave fans with sore feet the following day. The 2054 Tour surely conveys a type of concert that would be seen 37 years from now due to its futuristic stage effects that compliment the timeless music created from the two iconic bands.

Chic’s presence on stage exactly reflects the meaning of the band’s name.  The band, led by Nile Rodgers has the appearance of a pristine jazz club band but with an energetic twist. Nile Rodgers narrates the band’s entire performance discussing the development and significances of each song that he helped create.  Chic not only delivers their classic hits but also dives into songs that were created through Rodgers’ collaborations with such artists as Daft Punk, David Bowie, Sister Sledge, and Diana Ross. Chic is truly a spectacle to see with Nile Rodgers’ funky chops on his legendary “Hitmaker” Stratocaster, bass player Jerry Barnes’ superb skill of generating alluring beats, and the heavenly voices of singers Folami Ankoanda and Kimberly Davis. Chic not only creates a “Good Time” for concert goers but captivates the audience with their individual and unique skills as musicians, having audience members constantly directing their attention to different members of the group throughout the show.

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Chic feat. Nile Rodgers

The second Earth, Wind & Fire takes the stage, audience members are surrounded by sounds and visual effects that would make it appear as if they were transported to another planet. Earth, Wind & Fire consists of eleven talented musicians with three remaining members from the original group : Verdine White, Ralph Johnson and Philip Bailey. The band performance is nothing less than extraordinary. Philip Bailey not only astonishes the audience with his magnificent voice and vocal range but adds the group’s distinct sound throughout the concert by playing the kalimba. Bass player Verdine White causes an irresistible sensation for fans to dance as he constantly boogies around the stage thumping his bass. Throughout the performance, each musician in the band takes turns stunning the audience with solo instrumental and vocal performances. It’s truly a family affair as Philip Bailey’s son, Philip Bailey Jr., assists in background vocals as a member of the group while the band pays tribute to the founder of the group and brother of Verdine White, Maurice White.  Earth, Wind & Fire truly makes a statement with their performance by showing how an old school band that has been around for over forty years only gets better with age like a fine red wine.

Over the years, each band has created a memorable soundtrack for people’s lives. The 2054 Tour is sure to generate pleasant reflections for long-time fans that grew up during each band’s prime, while also creating a night to remember for everyone in attendance, no matter their age. We can only hope that when we reach the year 2054, performances and musicians like this will still exist.

EW&F_Philadelphia_1stAugust2017_©AdamKita

Verdine White, Philip Bailey & Ralph Johnson (Earth Wind & Fire)

Adam Kita

Chic Set List

  • Everybody Dance
  • Dance, Dance, Dance
  • I Want Your Love
  • I’m Coming Out
  • Upside Down
  • He’s The Greatest Dancer
  • We Are Family
  • Get Lucky
  • Let’s Dance
  • Le Freak
  • Good Times

Earth, Wind & Fire Set List

  • Shining Star
  • Get Away / Let Your Feelings Show
  • Sing a Song
  • On Your Face
  • Serpentine Fire
  • Kalimba Story
  • Evil
  • Can’t Hide Love
  • Head to the Sky / Devotion
  • That’s the Way of the World
  • After the Love Has Gone
  • Reasons
  • Power / Africano
  • September
  • Boogie Wonderland
  • Let’s Groove
  • Fantasy / In the Stone


Trombonne Shorty

Live Report : Trombone Shorty & Orleans Avenue (Festival Jazz à Sète 16/07/2017)

Rendez-vous est pris au Théâtre de la Mer à Sète, pour un concert de Trombone Shorty & Orleans Avenue. Il faut parfois faire des Kilomètres pour découvrir en live ces artistes aux rares tournées françaises, et dont la notoriété toute relative auprès du grand public limite les occasions. Mais en quelques secondes, la route est oubliée et une claque sonore vous happe : le groupe, Orleans Avenue, ouvre le concert sur “Backatown”, au rock très prononcé. Bien que son surnom lui ait été donné pour son remarquable talent de tromboniste dès son plus jeune âge, Troy “Trombone Shorty” entre en scène en brandissant une trompette d’une main, son trombone de l’autre, avant de prendre place derrière son micro pour finir de dresser (ou presque) le tableau de ce multi- instrumentiste de talent.

Ce qui frappe au premier abord, c’est l’absence d’uniformité dans le “style” des musiciens. Trois d’entre eux ont l’apparence bien ancrée dans les clichés des musiciens noirs de la Nouvelle-Orléans : le sax ténor BK Jackson, le bassiste Mike Bass-Bailey, et, bien sûr, notre super star Troy Andrews. Arrêtons-nous quelques instants sur le look du bassiste : collant résille au bras droit, basse à la taille minimaliste qui disparaît presque derrière ce personnage extraverti, lunettes de soleil, bandeau, bracelets… ; un pilier scénique, il n’y a pas de doute. Pour ce qui est des trois autres musiciens, on les sent de prime abord en contre-emploi. Le batteur semble tout droit sorti d’un groupe de rock, le guitariste aurait pu être le cinquième Beatle, et le saxophoniste baryton semble avoir abandonné pour quelques heures ses lignes de code. Preuve que les préjugés ont la vie dure ! À moins que ce ne soit un message volontaire envoyé autour du monde : la Nouvelle-Orléans est métissée, et le plaisir de jouer ensemble dépasse largement l’apparence ?

Trombonne ShortyCar l’osmose est là ! La combinaison de ces six musiciens donne un live détonnant. De la “fosse” du théâtre (sans doute peu habitué à voir son assemblée debout), le contact avec le groupe est immédiat. À peine à 30 centimètres de hauteur de scène séparent les plus danseurs des spectateurs. Ici, le son des cuivres est presque exclusivement acoustique. On y perd sans doute en équilibre général, mais on reçoit de pleine face une énergie surréaliste. Comment tiendront-ils un concert complet à ce rythme ? Et pourtant, les morceaux millimétrés s’enchaînent faisant la part belle aux improvisations, un “No Good Time” laissant un peu d’air dans ces rythmes soutenus. Les citations sont nombreuses (sans doute trop) mais permettent de fédérer le public autour d’airs bien connus. On se rassure de voir que le live efface la couche (clairement trop) pop du dernier album Parking Lot Symphony. Celles qui ont largement leur place, ce sont les références à la Nouvelle-Orléans, où les passages cuivres-batterie évoquent, sans équivoque, les Brass Band où Mike Bass-Bailey joue parfois le rôle du tuba.

JAZZ-A-SETELe show aux chorégraphies bien rodées s’achève bientôt, après un passage remarqué de Troy à la batterie : le plaisir de partager la musique de leur cœur est éclatant de sincérité. On ne doute pas une seconde de leur bonheur à parcourir les routes pour répandre la bonne musique. Heureusement, la chaleur s’échappe naturellement de ce théâtre de plein-air balayé par l’air marin. Et si cette ouverture vers la Méditerranée était un miroir de la
programmation de Jazz à Sète ?

Un festival qui pourrait s’enorgueillir de laisser autant de place à la découverte, en permettant par exemple aux toulousains de The Roach d’ouvrir ce concert, pendant près d’une heure trente. Une belle soirée qui laisse un sentiment de béatitude, après que Troy et son sax ténor aient fini un ultime rappel dans la foule au travers des gradins, à distribuer checks, hugs, et colliers de perles ; sans doute
pour que chacun reparte avec un bout de Nouvelle-Orléans chez lui.

Thomas Castex

 


Larry Graham + foule

Live Report : Larry Graham, Trombone Shorty & Juan Rozoff (Jazz à Vienne 08/07/2017)

“Dearly beloved, we are gathered here today to celebrate a man called Prince”. Juan Rozoff, premier invité de la traditionnelle soirée groove du Festival Jazz à Vienne, ouvre à la tombée du jour l’hommage au disparu du 21 avril 2016. En une heure chrono, le Fonktsar en grande forme déploie son impeccable métrique funk, extirpe de la poche de son ensemble léopard un nouveau titre, “Nasty Shit”, et n’oublie pas de respecter la feuille de route en insérant des extraits du fonds de catalogue Princier (“Crystal Ball”, “Rebirth of the Flesh”, “Data Bank”, “Girls and Boys”) dans son répertoire Viennois. Hot thing !

Juan Rozoff

Juan Rozoff

Trombonne Shorty

Trombone Shorty

 

La nuit tombe enfin quand Trombone Shorty ouvre son buffet all-inclusive soul/rock/hip-hop/funk. Autant athlétique que spectaculaire, l’envoyé spécial de La Nouvelle-Orléans confirme son statut grandissant d’incontournable scénique. Le tromboniste-trompettiste-batteur-chanteur et sa formation resserrée New Orleans Avenue servent un gumbo irrésistible relevé de savoureux instants de bravoure (dont un record du monde de triolets en apnée !) et complété de citations transgenres allant de James Brown et les Meters (“Ain’t No Use”) jusqu’au “Tom’s Diner” de Suzanne Vega. Contournant la thématique du jour, Troy Andrews élude toute allusion Princière et préfère conclure son généreux programme par une visite de la fosse lors d’une version herculéenne d’”Hurricane Season”.

Difficile, voir impossible de suivre un tel ouragan : passé une introduction biblique où Larry Graham tabasse l’ouverture de “Thank You For Talking To Me Africa” depuis les gradins gallo-romains, le set de Graham Central Station plonge les 7000 spectateurs du Théâtre antique dans la torpeur après le choix malvenu d’un “Tell Me What It Is” acoustique en septième position sur le carnet de bal. Malgré quelques rebonds (“The Jam”, “Thank You”), la performance finira par s’enliser dans les affres du tribute Minnéapolitain, malgré l’énergie déployée par Jeanne Added sur un medley “I Would Die 4 U/Baby I’m a Star” et un Marco Prince en mode touristique sur “Pop Life” et “Let’s Go Crazy”.  Six ans après avoir terrassé Bootsy Collins sur la même scène, Fighting Larry s’incline aux points devant Battling Shorty.

Marco Prince - FFF + Larry Graham

Marco Prince & Larry Graham

Setlist Larry Graham & Graham Central Station

  • Intro
  • Thank You For Talking To Me Africa
  • We’ve Been Waiting
  • It Ain’t No Fun To Me
  • It’s Alright
  • I Can’t Stand the Rain
  • Tell Me What It Is
  • I Would Die 4 U feat. Jeanne Added
  • Baby I’m a Star feat. Jeanne Added
  • Dance to the Music
  • The Jam
  • Thank You Fallentinme Be Mice Elf Agin
  • Pop Life feat. Marco Prince
  • Let’s Go Crazy feat. Marco Prince
  • Purple Rain
  • 1999/ I Want to Take You Higher


Hancock_SeineMusicale_27Juin2017

Live Report : Herbie Hancock, La Seine Musicale (29/06/2017)

Du premier rang au dernier balcon de la magnifique Seine Musicale de Boulogne, le vaisseau amiral d’Herbie Hancock a de l’allure lorsqu’il prend la mer devant une salle comble acquise à sa cause. Son groupe d’épées composé de fidèles à leur patron depuis des années (Vinnie Colaiuta, batterie, James Genus, basse et le guitariste Lionel Loueke) a été récemment renforcé par le multi-instrumentiste californien Terrace Martin, producteur à succès de Snoop Dogg à Kendrick Lamar.

Lors de la présentation de ses musiciens, le caméléon du jazz en fait d’ailleurs des tonnes sur sa nouvelle recrue, “un gars qui sait presque tout jouer, même du synthétiseur Kronos”. Mais comme c’est le cas au PSG, l’assemblage de bons joueurs ne fait pas forcément tout, d’autant plus que le capitaine semble peu inspiré dès l’entame, avant de se débattre avec un vocoder récalcitrant.

Poussif, le concert s’enlise gentiment mais sûrement alors qu’Herbie Hancock puise largement dans son répertoire des seventies. Les classiques s’enchainent, mais l’ennuie guette et les déambulations synthétiques du quintet sonnent creux. La version XXL de “Chameleon” est à l’image du reste, sans âme. Polis, les 3800 spectateurs font la claque entre chaque morceau mais restent assis. Un rendez-vous manqué.

Setlist (prise sur scène)

  • Overture
  • Actual Proof
  • Come Running
  • Secret Sauce
  • Cantaloupe
  • Chameleon

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Live Report : Cody ChesnuTT, Paris (Point Éphémère) 27/05/2017

Une semaine avant la sortie de son troisième album My Love Divine Degree, Cody ChesnuTT teste ses nouvelles chansons sur scène lors d’une mini-tournée européenne des clubs. Pour la France, l’auteur du culte The Headphone Masterpiece avait choisi le Point éphémère, club parisien sans climatisation niché en bordure de Seine.

Devant 250 personnes solidement hydratées, Cody ChesnuTT et son backing-band de quatre musiciens (basse/batterie/guitare/claviers) ont dévoilé la primeur de nouveaux titres encore inédits aux oreilles du public. Un exercice difficile pour certains, mais sans réelle contrainte pour un performer à l’énergie et à la générosité débordantes. Dès “Bullets in the Streets and Blood”, le troisième titre de la setlist, le Marvin Gaye electro-afro (il porte aussi un T-shirt Motown) descend prêcher dans la fosse en quête d’énergie collective, avant de donner à chacun une brillante leçon d’harmonies vocales soul sur “Till I Met Thee”, un des deux extraits de Landing on a Hundred joués ce soir.

Point d’orgue de deux heures d’un show où chaque titre fait l’objet d’une sollicitation permanente de l’auditoire, “I Stay Ready” pousse encore l’interaction d’un cran en provoquant une joyeuse battle entre les choristes mâles et féminines de l’assistance. “Je ne sais pas combien nous sommes ce soir dans cette salle, mais pour moi, il s’agit d’une planète entière”, glisse l’auteur de The Headphone Masterpiece avant de clôturer la soirée sur les accords gospel d’”Have You Heard Anything From The Lord Today”. Cody ChesnuTT reviendra bientôt répandre la bonne parole dans l’hexagone.

Setlist

  • Africa The Future
  • Image of Love
  • Bullets in the Streets and Blood
  • Peace (Side By Side)
  • What Kind of Cool
  • Till I Met Thee
  • Make a Better Man
  • It’s in the Love
  • I Stay Ready
  • Shine On The Mic
  • Have You Heard Anything From The Lord Today


 

 


George Clinton Stockholm

Live Report : George Clinton & Parliament-Funkadelic, Stockholm (Göta Lejon) 08/05/2017

D’abord la mauvaise nouvelle : selon nos sources, George Clinton & Parliament-Funkadelic ne se produiront pas dans l’hexagone cette année. Ensuite la bonne : à bientôt 76 ans, le Dr. Funkenstein affiche toujours une forme insolente, comme en témoigne cette étape suédoise d’une mini-tournée européenne au Göta Lejon, théâtre art-déco de 600 places au centre de Stockholm. Son groupe aussi a rajeuni avec uniquement Blackbyrd McKnight (guitare), Michael Clip Payne (chant), Lige Curry (basse) et Bennie Cowan et Greg Thomas (cuivres) dans le rôle des vétérans.

Passé un temps de chrono (trop) généreux consacré aux extraits rap-metal de Shake The Gate, le Benjamin Button du P-Funk à largement dominé la situation pendant près de 135 minutes, jumpant d’entrée dans la fosse pendant “Atomic Dog”, poussant sur le devant de la scène les solistes et dirigeant les nuances de chaque instrument au cours d’un “Maggot Brain” d’anthologie sculpté dans la lave Hendrixienne par Blackbyrd. Une version ralentie insensément funky de “Standing on the Verge of Getting it On”, un ” Super Stupid ” en direct de Detroit 70 et un enchaînement à tomber du rarissime “The Goose” et “Take Me to the River” ont aussi prouvé que George Clinton et son gang n’étaient pas venus au pays de Bergman pour sucrer les fraises sauvages.

Photos : Wai Kai Fung

Setlist

  1. Atomic Dog
  2. Funk Get Ready to Roll
  3. Pole Power
  4. Baby Like Fonkin’ It Up
  5. Get Low
  6. Ain’t That Funkin’ Kinda Hard on You?
  7. Super Stupid
  8. One Nation Under a Groove
  9. Flashlight
  10. (Not Just) Knee Deep
  11. Maggot Brain
  12. Vanish in Our Sleep
  13. Dirty Queen
  14. The Goose/Take Me to the River
  15. Standing on the Verge of Getting it On
  16. Presence of a Brain
  17. Up for the Downstroke
  18. Tear the Roof (Off the Sucker)
  19. Night of the Thumpasorus People

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The Revolution (Brown Mark and Stokley Williams)

Live report : The Revolution, Philadelphia (Theater of the Living Arts 04/30/2017)

Parmi toutes les performances des cérémonies d’Awards et les nombreux artistes essayant de rendre hommage à Prince, son plus grand tribute live parcourt en ce moment les États-Unis sous la forme de son backing-band le plus célèbre, The Revolution.  Plus de 30 ans après la séparation du groupe, ses membres sont toujours aussi en place. Ils se sont même améliorés avec l’âge. Dr. Fink et Lisa Coleman électrisent l’auditoire grâce à la maitrise de leurs claviers tandis que Bobby Z. continue de marteler le rythme qui menace de faire sécrouler le Living Theater de Philadelphie. Les fans dansent et se pincent presque en voyant Brown Mark slapper le funk et Wendy Melvoin distille des licks de guitare en démontrant à la fois son talent personnel et son lien très profond avec la musique de Prince.  Afin de renforcer l’énergie vocale de Brown Mark et Wendy, le groupe a invité Stokley Williams de Mint Condition (et natif du Minnesota), que Wendy présente comme un des chanteurs préférés de Prince. Stokley contribue à la performance en reproduisant le falsetto des hits mémorables, et il ajoute également sa propre voix instantanément identifiable à d’autre classiques pour le grand plaisir de ses (nouveaux) fans.

Tout au long de la performance, Wendy lutte contre les larmes en racontant ses souvenirs de Prince et l’impact que le musicien a exercé sur leurs vies. Lisa et Wendy rendent un hommage personnel en interprétant en duo vocal/instrumental de leur création commune “Sometimes it Snows in April”.  Le public a aussi droit à une surprise inattendue lorsque le groupe se plonge dans le fameux Vault, en jouant “Destiny” et “Roadhouse Garden”.  Cette soirée est une célébration et donne à chacun l’impression de se retrouver dans un club de Minneapolis au coeur des années 1980

Malheureusement, nous n’aurons plus l’occasion d’assister à une autre performance sidérante de Prince.  Par chance, The Revolution a trouvé le moyen de réjouir ses fans tout en célébrant sa mémoire. Grâce à eux, le Minneapolis Sound n’a pas fini de résonner aux quatre coins du globe.

Adam Kita

Setlist

  • Computer Blue
  • America
  • Mountains
  • Automatic
  • Take Me With You
  • Uptown
  • D.M.S.R.
  • Destiny
  • Roadhouse Garden
  • Raspberry Beret
  • Erotic City
  • Let’s Work
  • 1999
  • Paisley Park
  • Controversy/ Mutiny
  • Sometimes it Snows in April
  • Let’s Go Crazy
  • Delirious
  • Kiss
  • When Doves Cry
  • Purple Rain

Encore

  • I Would Die 4 U
  • Baby I’m a Star



Thundercat Trabendo

Live Report : Thundercat, Paris (Trabendo) 30/03/2017

C’est dans un Trabendo complet que Thundercat fait son entrée, coiffé de son habituel bonnet rouge, vêtu d’une marinière, le tout lui donnant l’air d’un improbable marin breton portant des sandales Birkenstock avec chaussettes apparentes. Pendant près de deux heures, flanqué des excellents Dennis Hamm (claviers) et Justin Brown (batterie), le félin va revisiter en mode jazz-fusion une setlist majoritairement composée d’extraits de son dernier album,  Drunk. Chaque morceau est ainsi fidèlement reproduit avant d’être étiré en jams aventureuses. Une démarche bienvenue qui permet à l’artiste de donner la pleine mesure de sa musique, dont la concision sur disque s’avère parfois frustrante.

Le batterie s’emploie ainsi à déconstruire le beat, donnant des sueurs froides au hipster venu hocher la tête en rythme, tandis que Steven Bruner tricote des filets de notes sur son imposante Ibanez six-cordes avec la vélocité tranquille d’un joueur de banjo. Le bassiste propulsé chanteur fait également preuve d’une grande maîtrise de son falsetto, d’une constance et d’une justesse parfaite tout au long du concert.

Le single « Friend Zone » ainsi qu’une version discoïde de « Oh Sheit It’s X » sont reprises en chœur par le public. Tout comme les extraits du « To Pimp A Butterfly » de Kendrick Lamar glissés en guise de clin d’oeil dans la setlist. Preuve que la participation de Thundercat à l’album du rappeur de Los Angeles lui aura permis d’élargir considérablement son audience. Et peut-être, dans une certaine mesure, de rendre hype un style de musique victime de sa réputation élitiste. Car, comme nous l’a rappelé tout au long de la soirée ce power trio, c’est avant tout de jazz dont il s’agit ici.

Adrien KRAS

Setlist

  • Tron Song
  • A Fan’s Mail (Tron Song Suite II)
  • Jethro
  • Where The Giants Roam/Field Of The Nephilim
  • Heartbreaks + Setbacks
  • Them Changes
  • I Am Crazy
  • Drunk
  • Bus In These Streets/ These Walls (Kendrick Lamar)
  • Friend Zone
  • Lone Wolf And Cub
  • MmmHmm (Flying Lotus)/Complexion (Kendrick Lamar)
  • Is It Love ?
  • Lava Lamp
  • Hard Times
  • Song For The Dead
  • Lotus And The Jondy
  • DUI
  • Oh Sheit It’s X

Rappels :

    • Captain Stupido
    • Uh Uh
    • The Turn Down


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