Raphael Saadiq-by Aaron Rapoport

Raphael Saadiq : « Tous mes albums sont des concept-albums »

Le lendemain de son concert au festival Afropunk, Raphael Saadiq reçoit Funk★U pour évoquer Jimmy Lee, son nouvel album après huit d’absence. Le temps d’un mini-récital de piano incluant “People Make Make the World Go Round” et “Untitled”, et le musicien-producteur s’avance vers le micro pour commenter le disque le plus douloureusement personnel de sa carrière.

★★★★★★★★

Funk★U : Jimmy Lee, votre nouvel album, paraît huit ans après Stone Rollin’, votre disque précédent. Que s’est-il passé durant cette période ?
Raphael Saadiq : J’aime bien prendre mon temps, et il n’y avait pas vraiment de planning relatif à ce nouvel album. J’ai pris un peu de recul durant cette période, tout en continuant à travailler avec d’autres personnes qui m’ont influencé à leur tour. C’était aussi intéressant de voir ce qui sortait, de voir comment la musique évoluait et, surtout, de pouvoir m’imprégner de la vie de tous les jours : prendre le métro, observer les gens, ne pas se presser. Bref, toutes les choses qu’on peut faire avant de sortir son premier album, car une fois que tu as enregistré ce premier album, tout tourne autour de l’industrie et ta vie change complètement… Dans mon travail, je m’inspire donc beaucoup du quotidien, et je puise aussi mon énergie chez les autres. C’est comme ça qu’est né Jimmy Lee, entre autres sources d’inspirations.

Jimmy Lee est le nom de votre frère décédé d’overdose il y quelques années. Ce disque raconte une partie de son histoire, mais peut-on pour autant le qualifier de concept-album ?
On peut le dire, et je pense que tous mes albums sont des concept-albums. Quand je prépare un album, je prends toujours le soin d’établir un lien entre les chansons, et je ne me contente pas de balancer une série de titres qui n’ont aucun rapport entre eux, que ce soit du point de vue musical ou de la thématique des textes. Jimmy Lee parle de mon frère, c’est un fait, mais pas seulement. Pour moi, Jimmy Lee est surtout une sorte de hashtag, un cadre dans lequel je m’exprime et c’est le thème de l’addiction sous toutes ses formes qui traverse cet album. Je suis issu d’une famille nombreuse et j’ai perdu beaucoup de mes frères et sœurs à cause de la drogue. Mon frère Jimmy est mort d’une overdose d’héroïne, et une de mes sœurs est décédée à cause du crack. Deux autres de mes sœurs ont été longtemps accros au crack, mais elles s’en sont sorties… Jimmy avait treize ans de plus que moi et nous avons toujours été très proches, nous parlions beaucoup. Il me parlait de la prison, de ses cambriolages et de la drogue. Étrangement, les moments que nous passions ensemble n’étaient jamais sombres, malgré son addiction. Jimmy Lee en est-il pour autant un concept-album ? Tout ceux qui entendront cet album pourront faire leur propre interprétation, à la manière des photographies que l’on fixe intensément et qui se mettent à bouger.

Dans Jimmy Lee, vous tournez le dos au son Motown de vos précédents albums. Est-ce le résultat de vos récentes collaborations avec Solange, entre autres ?
Oui, sans doute… Je joue pratiquement de tous les instruments sur cet album, et il y a pas mal de programmations sur Ableton mélangées à ses parties de synthés analogues. La présence de rappeurs d’aujourd’hui comme Kendrick Lamar, qui chante sur « Rearview », le dernier titre de l’album, renforce l’aspect contemporain des sonorités… Par certains côtés, Jimmy Lee me rappelle un peu Instant Vintage, mais ce nouvel album est beaucoup plus « pensé » en termes de production. Le mix et l’instrumentation sont de bien meilleure qualité et plus généralement, je trouve ce disque plus audacieux que mes précédents albums. Je sens que je me suis amélioré de disque en disque depuis mes débuts, et il m’a paru logique de m’éloigner de la vibe Motown.

Le son de Jimmy Lee est plus contemporain, mais on entend aussi l’influence de Sly Stone, de Stevie Wonder…
Sly n’est jamais très loin dans ma musique. Je ne pourrais pas le mettre de côté, même si j’essayais. Stevie devait apparaître dans Jimmy Lee, sur le titre « So Ready ». Il a joué un solo d’harmonica, mais nous n’avons pas réussi à l’enregistrer correctement. Je ne l’ai pas utilisé dans l’album, et à vrai dire, je n’ai même pas osé l’appeler pour le lui dire (rires).

Propos recueillis par Christophe Geudin

Raphael Saadiq Jimmy Lee (Columbia Records/Sony Music). Sortie le 23 août en CD, vinyle et digital. En concert au Festival Nancy Jazz Pulsations le 19 octobre et Paris (Elysée-Montmartre) le 21 octobre.


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27 vidéos rares de Prince

Lancé en novembre sur la chaîne YouTube officielle de Prince, une nouvelle série propose 30 vidéoclips extraits du catalogue post-1994 de l’artiste désormais rattaché à Sony Music.

Découvrez ci-dessous les 27 vidéos officielles de cette collection parcourant la sortie du single “Love Sign” en 1994 jusqu’à MPLSoUND (2009) avec quelques raretés de choix. R U ready ?

“Love Sign” (1994)

The Gold Experience (1995)
“Endorphinmachine”

“Dolphin”

“Rock and Roll Is Alive! (And It Lives In Minneapolis)”

“Eye Hate U”

“Gold”

Chaos and Disorder (1996)
“Dinner With Delores”

“The Same December”

Emancipation (1996)
“Betcha By Golly Wow!”

“Somebody’s Somebody”

“The Holy River”

“Face Down”

Crystal Ball (1997)
“Interactive”

Rave Un2 The Joy Fantastic/Rave In2 The Joy Fantastic (1999)
The Greatest Romance Ever Sold

“Hot Wit U (feat. Eve) – Nasty Girl Remix”

Chocolate Invasion (2001)
U Make My Sun Shine (feat. Angie Stone)

Musicology (2004)
Musicology

Call My Name

Cinnamon Girl

3121 (2006)
Black Sweat

Te Amo Corazón

Fury

Planet Earth (2007)
Chelsea Rogers

Guitar

The One U Wanna C

LOtUSFLOW3R (2009)
Crimson and Clover

MPLSoUND (2009)
Chocolate Box (feat. Q-Tip)


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Six albums cultes de Michael Jackson en picture vinyl

Surfant sur le retour en force du format vinyle, Sony Music publiera le 24 aout six albums solo de Michael Jackson en picture disc.

Chaque disque sera disponible à l’unité et l’ensemble sera également présenté au sein d’un luxueux coffret numéroté vendu 215 euros (sans les frais de port) sur le site officiel de Michael Jackson, disparu voici neuf ans.

Sont inclus : Off The Wall (1979), Thriller (1982), Bad (1987), Dangerous (1992, 2-LPs), HiStory (1995, 2-LPs) et Invicible (2001, 2-LPs).

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Sony Music reprend une partie du catalogue 1978-2015 de Prince

Dans un communiqué daté du 27 juin, Sony Music annonce la distribution prochaine d’une grande partie du catalogue 1978-2015 de Prince par sa branche de réédition Legacy (Jimi Hendrix, Bob Dylan, Bruce Springsteen…)..

Cette reprise du catalogue s’effectuera en plusieurs temps avec tout d’abord les rééditions à venir de 19 albums de la période 1995-2010, dont The Gold Experience (1995), Emancipation (1996), Rave Un2 The Joy Fantastic (1999), The Rainbow Children (2001), 3121 (2006) et les albums Sony Musicology (2004) et Planet Earth (2007). Dans un premier temps, ces sorties seront digitales. Pas de produits physiques attendus avant début 2019.

En plus de ces albums 1995-2010, l’accord proposera également les parutions post-1995 des divers singles, faces-B, remixes, titres hors-albums, enregistrements live et vidéos-clips.

En 2021, le deal Sony/Legacy inclura la distribution américaine de 12 autres albums (hors bandes originales de films) de la période 1978-1996, dont Prince (1979), Dirty Mind (1980), Controversy (1981), 1999 (1982), Around The World In A Day (1985), Sign ‘O’ The Times (1987), Lovesexy (1988), Diamonds and Pearls (1991) et Love Symbol (1992).

Toutefois, cette annonce ne concerne pas le matériel inédit (chanson, concerts, vidéos…) circonscrit dans le Vault. Le reste du catalogue de Prince parcourant les années 1978-1996 et ses potentiels inédits restent la propriété de Warner Bros., avec la prochaine sortie de l’album Piano and a Microphone 1983. De plus, les formats de ces rééditions Legacy (CD, vinyle et digital) n’ont pas été précisés dans un communiqué à découvrir ci-dessous.

Communiqué officiel :

Sony Music Entertainment et le Prince Estate ont signé un accord exclusif de distribution concernant 35 albums essentiels du catalogue de Prince.

Par ce nouvel accord, ce catalogue sera distribué dans le monde entier par Legacy Recordings, une division de Sony Music, avec la réédition immédiate de 19 albums déjà publiés. Cette liste inclut The Gold Experience (1995), Emancipation (1996), Rave Un2 The Joy Fantastic (1999), The Rainbow Children (2001), 3121 (2006) et les albums Sony Musicology (2004) et Planet Earth (2007). Les autres albums parus en 2014 et 2015 seront également distribués à l’avenir par Sony Legacy.

En plus de ces albums 1995-2010, cet accord porte également sur les titres officiellement publiés après 1995, dont les singles, faces-B, remixes, titres hors-albums, enregistrements live et vidéos-clips.

À partir de 2021, les droits de distribution de Sony/Legacy seront étendus sur le territoire américain à 12 albums (hors bandes originales de films) parmi les plus célèbres enregistrés par Prince entre 1978 et 1996, dont les iconiques Prince (1979), Dirty Mind (1980), Controversy (1981), 1999 (1982), Around The World In A Day (1985), Sign ‘O’ The Times (1987), Lovesexy (1988), Diamonds and Pearls (1991), Love Symbol (1992) et les singles “1999,” “Little Red Corvette,” “I Wanna Be Your Lover,” “Raspberry Beret” et bien plus encore.

” Véritable artiste visionnaire, Prince a changé le monde avec sa musique en apportant de l’amour, de la joie et de l’inspiration à des millions de personnes,” déclare Richard Story, le Président du SME Commercial Music Group.  ” Sony Music est honoré de jouer un rôle dans l’héritage et la transmission de la musique de Prince auprès de générations de fans de longue date et de nouveaux auditeurs.”

” L’enthousiasme de l’équipe de Sony et sa connaissance approfondie de la musique de Prince en font le partenaire idéal des rééditions de cette légendaire partie de son oeuvre”, explique Troy Carter, le conseiller du Prince Estate. ” Nous avons hâte de travailler avec ses héritiers et Sony pour donner aux fans ce qu’ils veulent – encore plus de musique de Prince.”


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Gagnez vos places pour la soirée de lancement de la collection “The Legacy Of”

En partenariat avec Funk★U, Legacy Recordings France vous invite à la soirée de lancement de la collection The Legacy Of à Paris le mardi 20 septembre en présence de DJ Reverend P et de la légende des platines Danny Krivit !

Composée de onze volumes de 3CDs et de 3 double-vinyles, la collection The Legacy Of propose de découvrir ou redécouvrir à partir du 23 septembre les classiques intemporels et les perles rares et introuvables de la musique noire américaine puisées, entre autres, dans les catalogues Sony, CBS, Okeh, Philadelphia International Records, RCA et Epic. Disponible en version numérique depuis juillet 2015 sur iTunes et Apple Music, Legacy Of s’adresse aux amateurs de musiques noires et aux fans à la recherche des versions rares ou oubliées des titres cultes qui ont écrit l’histoire de la musique noire américaine. Chacun des 11 volumes se compose de 30 chansons, avec des versions présentées pour la première fois dans une collection thématique et des remixes inédits signés DJ Reverend P, Tom Moulton et Danny Krivit.

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Au programme, des versions extented, des remixes rares, du live, des version remasterisées et alternatives d’Herbie Hancock, Earth Wind & Fire, Sly & The Family Stone, Bobby Womack, The O’jays, Gladys Knight & The Pips, The Isley Brothers,  Miles Davis, Billie Holiday, The Jacksons, George Duke, TLC, Maxwell, Marvin Gaye et bien d’autres. Le tracklisting de ces 345 titres (45 de plus que la version digitale) sera révélé prochainement dans ces pages.

Pour remporter votre invitation nominative pour deux personnes à la soirée de lancement de la collection The Legacy Of à Paris le mardi 20 septembre en présence de DJ Reverend P et de la légende des platines Danny Krivit, cliquez ICI.

Affiche soirée format web


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Preview : St. Paul & The Broken Bones “Sea of Noise”

Sea of Noise, le nouvel album de St. Paul & The Broken Bones, est attendu pour le 9 septembre. Désormais distribué par Sony Music, le groupe originaire de Birmingham (Alabama) prolonge son revival rétro-soul avec un deuxième essai largement plus satisfaisant qu’Half the City, le premier LP de la formation emmenée par Paul Janeway paru en 2014.

stpbb-sea-of-noise-cover_sq-e6871e893079e731489aa1ee4ebb877ee1d4efc6-s400-c85Plus produits (choeurs, cordes arrangées par Lester Snell, artisan des BO Blaxploitation d’Isaac Hayes) et enrichis d’une nouvelle section de cuivres, Sea Of Noise et ses 13 titres s’offrent également de somptueuses ballades en cinémascope (“Sanctify”, “Burning Rome”), mais aussi une facilité pour les hooks radiophoniques (“Midnight On Earth”, “All I Ever Wonder”) sans oublier une obsession continue pour la soul sudiste (“Flow With It (You Got Me Feeling Like)”).

L’ensemble baigne dans les réverbérations du studio A reconstitué de Stax Records et anticipe une longue tournée mondiale qui démarre à la rentrée aux États-Unis et se poursuivra en Europe en 2017.

Découvrez ci-dessous “All I Ever Wonder”, le premier extrait de Sea Of Noise.


Nina Revisited... A Tribute To Nina Simone

Audio : “Nina Revisited” feat. Lauryn Hill, Gregory Porter & Robert Glasper

Alors que le superbe documentaire What Happened, Miss Simone ? est disponible depuis la semaine dernière sur Netflix -chronique à suivre dans ces pages- Nina Revisited… A Tribute To Nina Simone propose 16 relectures inspirées de la diva soul signées Mary J. Blige, Gregory Porter, Common en duo avec Lalah Hathaway, Usher et Lisa Simone, la fille de l’interprète de “Don’t Let Me Be Misunderstood”.

Nina Revisited… A Tribute To Nina Simone a été produit par Robert Glasper, qui joue également sur la majorité des titres. La vedette de ce tribute d’excellente facture reste toutefois Lauryn Hill (rebaptisée Ms. Lauryn Hill). Censée reprendre un seul titre, l’ancienne membre des Fugees délivre finalement six reprises, dont une version en français de “Ne me quitte pas”, faisant de cette collaboration sa proposition la plus conséquente depuis 1998, année de sortie du best-seller international The Miseducation of Lauryn Hill.

Nina Revisited… A Tribute To Nina Simone sera disponible le 10 juillet via RCA/Sony Music


Leon Bridges @ Afropunk festival - Paris

Interview : Leon Bridges “Un voyage dans le temps”

À 26 ans à peine, Leon Bridges publie Coming Home, un premier album où la soul soyeuse des années 1950-1960 se conjugue avec le doo-wop. Contrairement à la grande majorité es productions du revival soul, le songwriter texan possède également un atout non négligeable : des chansons simples, directes et émouvantes. Rencontre avec un jeune artiste désireux de “porter le flambeau”.


★★★★★★

Funk★U: Qu’est ce qui peut bien pousser un jeune homme de 26 ans originaire de Fort Worth, Texas, à chanter de la soul music en 2015 ?

Leon Bridges : J’ai toujours été un grand fan de rhythm’n'blues. J’ai grandi en écoutant la musique qu’écoutaient mes parents, Sam Cooke, Otis Redding… Lorsque j’ai commencé à composer, je me suis mis en quête de ma propre voix. Un jour, j’ai écrit une chanson sur mère, “Lisa Sawyer”, qu’on retrouve sur l’album. Je l’ai fait écouter à un ami et il m’a repondu que ça ressemblait à Sam Cooke. En réalité, je connaissais très peu sa musique. Je me suis donc mis à creuser, et c’est aussi à ce moment-là que j’ai trouvé ma voix. C’était en 2013, et je remarquais que très peu de gens jouaient cette musique en dehors de Raphael Saadiq. Je n’avais pas encore écouté Sharon Jones, St. Paul and the Broken Bones ou Alabama Shakes. J’ai ressenti le besoin de porter le flambeau, car personne ne touchait vraiment au doo-wop ou au côté smooth de la soul music. En général, les groupes aiment bien faire ressortir le côté funky et charismatique d’un James Brown, mais pas cette facette. J’ai donc continué à écrire et j’ai composé “Coming Home”, puis le reste de l’album.

 

C’est donc votre voix qui vous a guidé vers la soul music.

Oui, et pour moi, cette soul smooth est le plus beau sous-genre de la soul. Celle qui date des années 1950-1960. Le R&B contemporain est trop produit. Les chansons contiennent trop d’éléments, on se sent perdu en les écoutant. Prends “It’s Growing” des Temptations (il chante) “Like a snowball rolling down the side of a snow-covered hill”… Plus personne ne chante sur des choses aussi simples ! Peut-être que les chanteurs d’aujourd’hui ont peur de paraître vulnérables alors que c’est ce qui me touche le plus dans ces chansons.

 

 

On vous compare à Sam Cooke et Otis Redding à longueur d’articles. Vous n’en avez pas un peu marre ?

(Rires). Oui, j’en ai un peu marre. C’est très flatteur, mais ça me met surtout beaucoup de pression sur les épaules. Mon timbre vocal ne ressemble pas du tout à celui de Sam Cooke. Je peux aussi écrire des chansons dans le style de Muscle Shoals, ou proche de Fats Domino… Bien sur, ma musique vient aussi du passé, mais je ne suis pas le seul dans ce cas : Nick Waterhouse, quelqu’un que j’admire beaucoup, rencontre le même genre de problème que moi en tant qu’artiste du revival soul.

 

C’est ce qui différencie votre musique des productions Daptone où le son passe souvent avant la chanson.

Je suis assez d’accord avec ça. Ce sont d’excellents musiciens, mais il manque quelque chose. Les musiciens qui m’accompagnent sur Coming Home ne sont pas des musiciens de séances. Ils sont capables de jouer à la perfection, mais ils sont surtout au service de ma voix sur cet album.

 

Leon Bridges albumVos textes sont à la fois très simples et très personnels.

C’est parce que je suis quelqu’un de très simple. Je ne réfléchis pas trop aux choses et je pense de la même manière que je compose. Pas besoin de se forcer pour écrire des choses profondes, il faut juste se laisser aller, que les choses se fassent naturellement. L’important, c’est que tout le monde puisse comprendre ce que vous racontez. Pour “Coming Home”, le titre qui ouvre l’album, je voulais que tout le monde saisisse ce que j’avais à dire dès la première phrase. C’était très important pour moi.

 

 

De la pochette à la production, tout semble vintage dans Coming Home.

Nous avons enregistré l’intégralité de l’album live et en analogique avec Joshua Block et Austin Jenkins, qui font partie de White Denim et possèdent un nombre incalculable Leon Bridges @ Afropunk festival - Parisd’instruments vintage. Ils voulaient enregistrer un album soul depuis longtemps et ils ont fini par réussir à trouver un immense loft à Fort Worth, une sorte de hangar où, m’a-t-on dit, on testait des clubs de golf. La première fois que j’y suis entré, j’ai eu l’impression d’effectuer un voyage dans le temps. Pendant les prises, je pouvais regarder les choristes dans les yeux et échanger nos énergies. C’était un moment très fort.

 

Vous avez donné deux concerts parisiens le mois dernier. De quelle manière adaptez-vous votre musique sur scène ?

À Fort Worth, j’avais l’habitude de chanter devant vingt ou trente personnes, parfois moins. J’étais seul avec ma guitare. Aujourd’hui, jai un super groupe autour de moi. C’est tout nouveau pour moi, je dois encore apprendre à gérer l’espace mais l’avantage, c’est que je peux désormais me concentrer sur ma voix. Je ne fais pas beaucoup de trucs flashy sur scène, j’apprends encore à devenir un bon performer. On a aussi appris quelques reprises, dont “You Don’t Have To Call” de Usher et des chansons de Lauryn Hill.

 

Dernière question : opérez-vous une distinction entre la soul et le funk ?

Pour moi, c’est la même chose. J’adore le funk, mais, une fois encore, je me sens plus proche du doo-wop et de la soul. Je ne sais pas si mon style s’accorderait bien au funk, mais j’aimerais essayer de me faire violence pour voir ce que ça donne. Des trucs à la Bobby Womack ou à la Roy C. Juste pour voir.

 

Leon Bridges Coming Home (Columbia/Sony Music). Disponible en CD, vinyle et version digitale. Concert à Paris (Trabendo) le 8 septembre.

www.leonbridges.com

 


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Snoop Dogg “Bush”

Déjà 20 ans que Snoop Dogg tisse des liens étroits avec le funk et ses (nombreux) dérivés. Adoubé par plusieurs générations de parrains du genre, de George Clinton et la Parliamentfunkadelicthang à Dâm-Funk, le survivant de Death Row adresse aujourd’hui un salut nostalgique à ses aînés dans Bush, son treizième album produit par l’inévitable Pharrell Williams. Et quoi de plus normal que d’inviter ses oncles prestigieux à la G-Funk Party ? Stevie Wonder joue de l’harmonica et harmonise sur le groove laiback et estival de “California Roll”. Bush_Album_CoverL’infatigable Charlie Wilson rehausse les refrains de l’über-groovy “Peaches N Cream”, également traversé par le gimmick vocal de “One Nation Under a Groove”, “So Many Pros” et d’”Awake”, un des nombreux extraits de Bush réminiscents des Chic-isms préférés de Pharrell Williams et des rythmiques electro/analogiques percutantes de N.E.R.D.

Snoop Dogg gets lucky ? Si les 41 minutes de ce Buisson ardent -le titre est, bien sûr, à double-sens-  glissent sans douleur, certaines répétitions sont perceptibles, notamment dans le dernier tiers du parcours (difficile de dissocier les interchangeables “I Knew That” et “Run Away”, featuring Gwen Stefani). Qu’importe, car le message scandé par l’échalas de Compton ressemble à celui du batteur de Spinal Tap : To have a good time all the time. Bush s’achève même sur un passage de flambeau générationnel quand Kendrick Lamar pose sa scansion hallucinée sur “I’m Ya Dogg”. Décidément pas chien, ce Snoop.

Jacques Trémolin

 

 



David sanborn Time and the River

David Sanborn et Marcus Miller reprennent D’Angelo dans “Time and the River”

Le 13 avril, Time and the River scellera les retrouvailles du saxophoniste David Sanborn et du bassiste/producteur Marcus Miller. Seize ans après Inside, leur dernière collaboration, les neuf nouveaux titres de cet album enregistré en compagnie -entre autres- de Randy Crawford sur une reprise de “Windmills of Your Mind” de Michel Legrand, Larry Braggs (sur “Can’t Get Next to You” des Temptations) et de Ricky Peterson aux claviers, incluent une reprise latino-cuivrée du “Spanish Joint” de D’Angelo qui tourne déjà en boucle à la rédaction.

Time and the River sera publié en CD et version digitale via le label Okeh (distribution Sony Music).


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Mark Ronson “Nous sommes les enfants des musiques que nous aimons”

DJ, musicien, producteur et collectionneur, Mark Ronson publie ce jour son quatrième album Uptown Special. Le co-auteur du tube planétaire “Uptown Funk” en compagnie de Bruno Mars raconte à FunkU la genèse d’un projet casting impressionnant (dont Stevie Wonder, The Menahan Street Band, Willie Weeks et Teenie Hodges), les origines de sa passion pour le funk… Et comment Prince a failli le dénoncer à la police anti-bootlegs !

FunkU : Uptown Special, votre quatrième album, est le plus ouvertement funky de votre discographie.
Mark Ronson : Au départ, je n’avais pas vraiment l’intention d’enregistrer un album de funk. L’idée était de réaliser un album de dance music jouée live avec des musiciens. Toute la dance music qu’on aime, celle qui vient des années 1960 et 70, était jouée en direct par des instrumentistes. Je pense que de nos jours, les jeunes auditeurs ne savent plus comment sonne une vraie batterie, et à part « Get Lucky » de Daft Punk, je ne vois pas d’autre hit récent dans cette catégorie interprété de manière organique. C’était un peu le challenge d’Uptown Special, et c’est lorsque Jeff Bhasker est arrivé que nous nous sommes embarqués dans une nouvelle direction. Jeff a produit Kanye West et Alicia Keys, mais il est aussi un pianiste jazz qui a également étudié James Brown. Il a joué avec Tavares et dans Lettuce, un excellent groupe de funk New-yorkais.

Le casting de cet album est impressionnant. On trouve Stevie Wonder, Trombone Shorty, the Menahan Street Band et d’illustres sessionmen comme Willie Weeks, Steve Jordan, Carlos Alomar…
Les gens du label Truth and Soul et du Menahan Street Band ne sont jamais très loin lorsque j’enregistre un disque. Je pense sincèrement que Thomas Brenneck est le plus grand guitariste de sa génération. Lorsque je commence à travailler sur un nouvel album, je compose une liste de musiciens après avoir imaginé le type de son pour tel ou tel titre. Carlos Alomar faisait partie de cette liste car son pedigree funk est assez incroyable : il a joué avec James Brown et bien sûr, on lui doit des titres comme « Fame » ou « Golden Years » pour David Bowie. Lorsque Bowie enregistrait avec Brian Eno au milieu des années 1970, ils étaient constamment à la recherche de sonorités étranges et inédites, et Carlos était capable de créer toutes ces textures. L’année dernière, la BBC a diffusé un documentaire intitulé Five Years et on voyait Carlos décomposer les trois riffs de guitare de « Fame ». Je me suis dit « wow, le groove de ce type est toujours aussi dingue ». Je l’ai donc appelé, et son apport à Uptown Special a été immense. En plus de ses parties de guitare, nous avons recrée notre propre version cheap du Mu-Tron de Bootsy Collins sur certains titres et c’était très fun.

Vous avez également enregistré aux Royal Studios de Memphis avec Teenie Hodges, le légendaire guitariste d’Hi Records disparu l’an dernier.
Pendant l’enregistrement, nous avons effectué un road-trip dans le sud des États-Unis. Je suis tombé amoureux de Memphis, et nous avons eu la chance d’enregistrer aux Royal Studios de Willie Mitchell, là où avaient été produits les plus grands albums d’Al Green et de Hi Records. Les musiciens qui ont participé à ces enregistrements ont l’habitude de traîner dans le studio. Teenie Hodges, le grand guitariste des séances Hi, nous racontait des tas d’histoires passionnantes sur son travail avec Al Green et Syl Johnson, et le dernier jour de l’enregistrement, je me suis dit « mais quel idiot ! J’ai Teenie Hodges devant moi et je ne lui ai pas encore demandé de jouer sur mon album ! » (rires). L’idée n’était pas de reproduire le son d’Hi Records, mais de capturer la vibration historique de Memphis et du studio de Willie Mitchell.

Comment Stevie Wonder s’est-il retrouvé dans Uptown Special ?
C’était complètement surréaliste.J’ai écrit la mélodie d’« Uptown First Finale », qui est un instrumental d’une minute 30 et j’entendais clairement l’harmonica de Stevie Wonder. J’ai donc envoyé l’instrumental à son manager en me demandant si Stevie allait l’apprécier, et pourquoi pas faire quelque chose dessus. Le jour où ils m’ont renvoyé l’instrumental, je n’ai pas osé l’écouter tout de suite. J’ai attendu une demi-heure avant de me décider, car j’étais trop ému. Ensuite, j’ai dû me le repasser en boucle au moins une centaine de fois (rires) ! Je ne réalise toujours pas que Stevie Wonder joue sur mon album, et pas seulement parce qu’il s’agit de Stevie Wonder, mais aussi à cause de son timbre, de sa mélodie et parce que j’ai l’impression d’entendre sa voix au travers de son harmonica chromatique, un des instruments les plus difficiles à faire bien sonner.

Mark+Ronson+Brunos+Mars

Mark Ronson et Bruno Mars pendant l’enregistrement d’Uptown Special

Quelle est la genèse d’« Uptown Funk », votre duo avec Bruno Mars que beaucoup décrivent comme un mash-up entre Zapp et The Time ?
Bruno a grandi à Hawaï et sur la côte ouest des États-Unis, il a été exposé à ces sonorités comme moi j’ai pu l’être au travers des samples du hip-hop. Bien sûr, j’adore Roger Troutman et j’avais l’habitude de passer « Jungle Love » dans mes sets DJ,même si je dois admettre que je ne connais pas la discographie de The Time si bien que ça. Lorsque nous avons composé « Uptown Funk », on ne s’est pas dits « essayons de créer un mash-up de tels ou tels groupes ». Nous sommes les enfants des musiques que nous aimons. On combine toutes de sortes de sonique nous apprécions, des licks de guitare, des motifs de batterie, de claviers…

Contre toute attente, « Uptown Funk »est un hit mondial et le titre le plus streamé de tous les temps au Royaume-Uni. Êtes-vous étonné par ce succès ?
Souvent, les artistes ou des groupes racontent avoir composé en trois minutes une chanson qu’ils détestent et qui est devenue leur plus grand succès. C’est tout le contraire pour « Uptown Funk ». Nous avons travaillé plusieurs mois sur ce titre. Certains éléments de la chanson ont nécessité entre cinquante et soixante prises. J’en ai même été malade physiquement (rires) ! Tout est parti d’un jam avec Bruno Mars à la batterie, Jamaero Artis à la basse, Jeff Bhasker aux claviers et moi à la guitare. Le succès de cette chanson est incroyable alors que son point de départ était juste un hommage à la musique qu’on aime. Le fait que Bruno, qui est un authentique fan de cette musique, y ait contribué est sans doute une opportunité pour la populariser auprès d’un nouveau public. De mon côté, ce succès n’a pas changé grand chose pour moi. La semaine dernière, mon manager m’a appelé pour m’annoncer qu’« Uptown Funk » était numéro un aux États-Unis. J’ai trouvé ça dingue, mais j’ai dû raccrocher car j’étais en train de finir de préparer le dîner (rires) !

Allez-vous tourner après la sortie d’Uptown Special ?
J’adore la scène, et la tournée qui a suivi la sortie de Version en 2007 fait partie de mes pus grands souvenirs. Je suis DJ et producteur, mais rien ne remplace la scène. Je ne sais pas encore si Uptown Special sera suivi par une tournée. Si c’est le cas, il faudra créer quelque chose de vraiment spécial, car, par exemple, je ne pourrai pas inviter Bruno Mars chaque soir.

À quand remonte votre découverte du funk ?
Lorsque j’étais enfant, mn père écoutait les albums de Graham Central Station et d’Ernie K-Doe à la maison. J’ai eu ma première guitare à dix ans. À l’époque, tous les kids voulaient jouer « Jump » de Van Halen ou du Jimi Hendrix. Moi, j’avais choisi « Cut the Cake » de The Average White Band ! Des années plus tard, Zigaboo Modeliste des Meters a joué à mon mariage… Mon premier coup de coeur était « The Reflex » de Duran Duran quand j’avais quatre ans, surtout à cause de la guitare de Nile Rodgers. Je connais Nile depuis que j’ai sept ans, car c’est un vieil ami de mon beau-père (Mick Jones, guitariste de Foreigner, ndr). Nous avons collaboré tous les deux sur un album de Duran Duran en 2010 et en fin d’année dernière, Nile m’a fait écouter les nouveaux titres de Chic dans son studio. Comment ça sonne ? Comme du Chic classique ! Vous allez adorer si vous êtes fans.

Vous avez également rencontré Prince il y a quelques années…
Oui ! Une histoire amusante : il y a une dizaine d’années, j’étais DJ dans un club New-yorkais. Au cours de la soirée, on vient m’annoncer que Prince est dans le club. Là, je me dis « il faut que je le fasse réagir en passant un titre qui tue ». Je pose alors sur la platine un disque rare de Sangre Nueva, un groupe du label Fania, et je choisis un titre latino/funk qui contient un breakbeat démentiel. Bingo, Prince arrive quelques minutes dans la cabine avec deux gardes du corps. Il me demande comment je m’appelle et nous discutons un peu. Pendant ce temps, je passe un vinyle de Stevie Wonder, une version pirate d’un test-pressing de « All I Do ». À l’époque, Prince était engagé dans une campagne anti-bootlegs et il me dit (prenant une voix aiguë) « Quoi ? Tu passes un pirate de Stevie ! Attends, je l’appelle pour lui dire qu’un type est en train de passer un bootleg dans un club new-yorkais », puis il sort son téléphone et se met à composer un numéro. J’ai un peu paniqué en lui expliquant que ce disque m’appartenait, mais j’ai vite compris qu’il me mettait en boîte.

Propos recueillis par Christophe Geudin

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Mark Ronson Uptown Special (Columbia/Sony Music). Disponible en CD, LP et version digitale.


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Mark Ronson “Uptown Special”

Producteur, musicien, DJ et collectionneur, Mark Ronson fait partie des entremetteurs de “l’industrie” aux connexions étendues, de Paul McCartney aux Dap-Kings en passant par Nikka Costa, Macy Gray et Amy Winehouse. Réalisateur phare de Back To Black en 2006 et auteur de nombreux remixes remarqués pour (entre autres) Bob Dylan et Adele, le music-lover britannique a toujours su glisser une tranche de funk dans une discographie placée sous le signe des collaborations électro-chics.

Uptown Spécial, son quatrième album solo produit par Jeff Bhasker (Kanye West, Drake, Alicia Keys), ne se contente plus d’effleurer le genre. Il l’embrasse ouvertement en s’appuyant sur les grooves perpétuels de ses glorieux aînés. Et quoi de mieux que de rendre en hommage à un genre musical en s’entourant d’un aréopage de ses fiers artisans ? Si « Uptown Funk », jam imaginaire entre Roger Troutman et The Time et titre le plus streamé de tous les temps au Royaume-Unis avec plus de 4,5 millions d’écoute, valorise Bruno Mars, un coup d’oeil dans le livret de l’album signale la présence de Stevie Wonder, du légendaire Willie Weeks à la basse, du batteur Steve Jordan, du guitariste Carlos Alomar (directeur musical des grandes années soul-pop de David Bowie), de Trombone Shorty, des membres du Menahan Street Band -dont Thomas Brenneck et Neil Sugarman- et du regretté Teenie Hodges, guitariste des sessions historiques d’Hi Records. Real music by real musicians, et un casting à faire pâlir sous leur casque les Daft Punk pour un résultat aux ambitions autres.

Contrairement à Random Access Memory qui s’acharnait à reproduire le plus fidèlement les sonorités pré-boogie des late-70’s, Uptown Special préfère célébrer l’idiome funk en abordant sa façade pop et mélodique tout en l’inscrivant dans le présent. Si une poignée de titres, dont « Uptown Funk » en tête et « I Can’t Lose », interprété par Keyone Starr, radieuse chanteuse gospel 23 ans, respectent l’axe Linn Drum/Moog, la majorité des 11 plages divergent entre les rives ensoleillées du groove West Coast à l’aide de Kevin Parker (le chanteur à réverbe de Tame Impala) et le psychédélisme le plus sombre (« Crack in the Pearl » featuring Andrew Wyatt). Solide hybride hip-hop/funk, « Feel Right » organise la rencontre du flow abrasif du rappeur Mystikal, des cuivres de Trombone Shorty et de la section rythmique du Menahan Street Band. Malin et finement exécuté, « In Case of Fire » propose une bondissante mise à jour des uptempos Wonderiens. Stevie Wonder himself est invité sur le court instrumental d’ouverture « Uptown’s First Finale » (clin d’oeil !) et souffle également dans son harmonica diatonique  sur l’ascension finale de « Crack in the Pearl, Pt. II », conclusion d’un album qui, s’il ne devrait pas toucher les funkateers les plus endurcis, constitue un séduisant exercice pop/funk entre tradition et modernité.

Jacques Trémolin

Mark Ronson Uptown Special *** (Columbia/Sony Music). Disponible en CD, LP et version digitale le 12 janvier.




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