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Interview : Bobby Sparks II “Je suis dingue de Bernie Worrell”

Schizophrenia- The Yang Project, le renversant premier album de Bobby Sparks II, est le fruit de 20 ans de travail. Véritable fou de funk, le clavieriste de Snarky Puppy dévoile un projet à l’ambition aussi démesurée que son casting stellaire.

★★★★★★★★

Funk★U : À l’heure de la dématérialisation et du cloisonnement de la musique, Schizophrenia- The Yang Project est un opéra jazz-funk-soul-R&B disponible en double-CD et quadruple vinyle. Doit-on y voir une déclaration d’intention ?
Bobby Sparks II : Complètement, et je l’assume ! Je suis un étudiant de la musique, notamment celle des années 1960 et 70. C’était l’époque des grandes sections rythmiques, des luxueux arrangements de cordes et de cuivres, comme sur les disques de Bob James, et j’essaie de retrouver ce feeling. Un jour, Stanley Clarke m’a dit : « J’ai de la peine pour les musiciens qui démarrent aujourd’hui. Dans les années 1970, les maisons de disques nous donnaient une somme d’argent qui nous permettait d’engager des musiciens, organiser des répétitions, louer un studio pendant une semaine, enregistrer un album, le mixer la semaine suivante, et tout simplement vivre au quotidien ». Ça fait rêver…

Marcus Miller, Roy Hargrove, Pino Palladino, Mononeon, Michael League, Lucky Peterson et bien d’autres font partie de l’impressionnant casting de votre album. Tous les invités de Schizophrenia – The Yang Project étaient-ils présents physiquement à vos côtés lors des séances ?
Non, car je n’ai jamais eu le budget nécessaire. J’ai démarré ce projet il y a vingt ans et dès le départ, je savais qu’aucun label n’allait m’avancer 100 000 dollars. Aujourd’hui, il faut se débrouiller tout seul. J’ai dû enregistrer mon album avec presque rien, en m’asseyant devant le logiciel Logic, ma MPC 60 et me taper BSTYPtoutes les programmations en essayant d’imaginer quels musiciens pourraient venir jouer sur mes morceaux. C’était vers 1998-1999 et je continue à écrire. J’ai plus de cent chansons en réserve, et celles qui figurent dans Schizophrenia sont celles qui étaient les plus abouties. Si le label ne m’avait pas donné de deadline, je serais sûrement encore en train de travailler dessus !

Vous mélangez aussi les genres, de la fusion au R&B en passant par la musique orchestrale…
J’aime tous les styles de musiques. Pour moi, il n’y a pas de genres, il y a juste la bonne et la mauvaise musique. J’aime aussi bien Willie Nelson que Jimi Hendrix, J. Dilla ou A Tribe Called Quest, Kanye West, le gospel et Miles Davis. Tout m’inspire… Pour donner un exemple, j’ai travaillé sur les trois derniers albums de St. Vincent. Lors de notre première rencontre, elle m’a donné un titre où il n’y avait qu’une piste de guitare et un click. Je lui ai demandé ce qu’elle voulait et elle m’a dit : « Just be Bobby » (rires).

Schizophrenia contient aussi de nombreux titres d’influence P-Funk.
Oh yeah ! J’ai toujours été fou de P-Funk. J’ai étudié à fond Bootsy Collins, George Clinton, Bernie Worrell, mais aussi Larry Dunn d’Earth Wind and Fire. Je suis dingue de Larry Dunn et de Bernie Worrell car ils pouvaient tout jouer, y compris du classique et du jazz. C’est aussi à cause d’eux que je collectionne toutes sortes de claviers depuis des années. (Il fouille dans la discographie de Parliament-Funkadelic sur son iPhone, ndr.) J’ai grandi avec « Flash Light », « Aquaboogie », « Mothership Connection », « Gloryallahstupid ». Mon funk vient de là, même si mon premier véritable choc funk a été la découverte d’« Irresistible Bitch » de Prince. J’avais huit ans et cette chanson m’avait foutu en l’air, je suis devenu instantanément fan.

En parallèle à The Yang Project, vous sortez le Yin Project, une version différente de l’album et exclusive aux États-Unis. Pourquoi ?
Le Yin Project est réservé aux États-Unis car c’est une version « simplifiée » du Yang Project avec un focus sur les titres R&B les plus accessibles. Pourquoi ? Parce que la culture américaine est moins ouverte sur la musique que la culture européenne. Le Yang Project, c’est le vrai truc. Il est dangereux, il part dans tous les sens, il est plus créatif. C’est comme ça que j’aimerais sortir mes disques à l’avenir, avec d’un côté un album qui me ressemble et de l’autre une version destinée à l’industrie, aux radios et à un public qui écoute de la musique d’une manière plus passive.

C’est peut-être ça, la vraie schizophrénie de ce projet.
Oui, absolument ! Même si cet album ne remporte pas un grand succès, j’espère qu’il donnera des idées à quelques-uns. Imaginez qu’une pop star comme Kanye West ou Beyonce tombe sur cet album et se dise « hey, ce truc est cool, j’aimerais bien faire quelque chose dans le même genre ». Ça pourrait changer la donne. On pourrait se passer des ordinateurs et recommencer à réunir des êtres humains dans la même pièce, avec des vrais ingénieurs du son… Oui, je sais, on me dit parfois que je suis dingue, et je le suis peut-être vraiment !

Bobby Sparks II Schizophrenia – The Yang Project (Leopard Records/Socadisc). Double-CD et double-LP disponibles.


Snarky+Puppy 2014

Snarky Puppy en tournée française

C’est désormais devenu une habitude : Comme chaque année depuis près de quatre ans, Snarky Puppy se produira en France dans le cadre de sa nouvelle tournée européenne. Cinq rendez-vous français figurent dans l’agenda du collectif emmené par le talentueux Michael League.

Découvrez les dates de la tournée française ci-dessous :

  • 16 mai : Lille (Aéronef)
  • 17 mai : Cenon (Rocher de Palmer)
  • 18 mai : Paris (L’Olympia)
  • 19 mai : Clermont-Ferrand (Coopérative de mai)
  • 20 mai : Lyon (Palais des congrès)

Billets en vente sur tous les réseaux. Retrouvez toutes les dates de concerts soul/funk dans notre agenda.


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Gagnez vos places pour le concert de Cory Henry & The Funk Apostles

En partenariat avec le New Morning, Funk★U vous invite au concert de Cory Henry & The Funk Apostles à Paris le mercredi 19 octobre. Le spectaculaire claviériste de Snarky Puppy donnera un nouveau show inédit entre funk sans frontières, expérimentations diverses et improvisations en compagnie de Taron Lockett (Batterie), Cleon Edwards (Batterie), Sharay Reed (Basse), Andrew Bailie (Guitare), Adam Agati (Guitare), Nick Semrad (Claviers).

Pour remporter les invitations nominatives mises en jeu, il suffit de répondre à la question suivante en nous écrivant à concoursfunku@gmail.com avant le lundi 17 octobre 20 heures. N’oubliez pas d’ajouter vos coordonnées complètes (nom, prénom, adresse postale) !

  • Citez une reprise de Cory Henry jouée sur scène avec The Funk Apostles.

Informations


SNARKY-NOLAs

Snarky Puppy, Nas et un hommage à Fela Kuti au Festival Jazz à la Villette

Du 30 août au 11 septembre, la nouvelle édition du Festival Jazz à La Villette accueillera Snarky Puppy, le rappeur Nas, un hommage à Fela Kuti en compagnie de Sean Kuti & Egypt 80 et Talib Kweli, Laura Mvula, mais aussi le quartet d’Erik Truffaz  feat. Rokia Traoré, David Murray feat. Saul Williams, Nils Petter Molvaer, The Herbaliser et bien d’autres encore !

(Photo Snarky Puppy : Stella K.)

Ouverture de la billetterie vendredi 29 avril à 11h00.

www.jazzalavillette.com

 


Snarky+Puppy 2014

“Culcha Vulva”, le nouvel album de Snarky Puppy le 6 mai

Trois mois après la sortie du mitigé Family Dinner Volume Two, Snarky Puppy sera de retour dans les bacs le 6 mai avec Cucha Vulva, leur premier album studio depuis 2008. Annoncé comme un disque “révélant une facette plus sombre de leur musique”, ce nouvel album de neuf titres a été enregistré aux Sonic Ranch Studios dans la petite ville texane de Tornillo, à cinq minutes à pied de la frontière mexicaine.

Cuclha Vulva sera disponible en versions digitales le 29 avril, en CD le 6 mai puis en vinyle au mois de juin (Thanks Amélie !).

Découvrez ci-dessous la bande-annonce de Culcha Vulva.

 


George Clinton live @ Le Trianon - Paris - France

George Clinton & Parliament-Funkadelic et Snarky Puppy au Nice Jazz Festival

Nice Jazz 2013Du 16 au 20 juillet prochain, le Nice Jazz festival accueillera une trentaine de groupes et d’artistes issus des scènes jazz, soul, pop, rock et electronica, dont Snarky Puppy, Massive Attack, The James Hunter Six, Laura Mvula et Deluxe.

Tête d’affiche funk du festival, George Clinton & Parliament-Funkadelic seront présents sur la scène Masséna le dimanche 17 juillet.

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Programmation complète


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D’Angelo, Snarky Puppy et Mark Ronson récompensés aux Grammy Awards

D’Angelo était absent de la 58ème cérémonie des Grammy Awards qui s’est tenue hier soir, à Los Angeles. L’auteur de Black Messiah a néanmoins décroché les récompenses du meilleur album R&B et celui de la meilleure chanson R&B de l’année pour “Really Love”.

Ses collaborateurs Russell Elevado, Kendra Foster, Ben Kane, Brent Fischer et Isaiah Rogers sont venus récupérer les trophées d’une cérémonie où ont été également récompensés Mark Ronson (Record of the year et meilleur duo de l’année avec “Uptown Funk”), Snarky Puppy (meilleur album instrumental avec Sylva), Kendrick Lamar (meilleur album hip-hop), Lalah Hathaway (Best Traditional R&B Performance pour  ”Little Ghetto Boy”), Mavis Staples (Best American Roots Performance avec “See That My Grave Is Kept Clean”). Le documentaire Amy, consacré meilleur film musical de 2015.



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34 albums live de Snarky Puppy disponibles sur iTunes

Aussi généreux sur la toile que sur scène, le collectif Snarky Puppy propose 34 (!) albums live au format numérique enregistrés lors de leur récente tournée d’automne. Plusieurs concerts hexagonaux, dont ceux du Rocher de Palmer à Cenon le 11 octobre et du Bikini de Toulouse le 12 octobre, font partie d’une sélection en ligne sur iTunes.

Par ailleurs, Snarky Puppy s’apprête à publier Family Dinner-Volume Two, un nouvel album studio annoncé pour le 12 février prochain.

Merci Fred T. !

 


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Vidéo : Snarky Puppy “Family Dinner – Volume Two” (trailers)

Le 12 février prochain, Snarky Puppy proposera le deuxième volume de la série Family Dinner. Deux ans après la sortie d’une première captation live en studio, le collectif emmené par Michael League a été rejoint en début d’année à la Nouvelle-Orléans par un casting éclectique où se sont croisés Salif Keita, Laura Mvula, Charlie Hunter, le trompettiste Terence Blanchard et le légendaire David Crosby. Le résultat de ces rencontres au sommet sera disponible en CD/DVD via le label Groundup Music.

Découvrez les deux bandes-annonces de Family Dinner Volume Two ci-dessus et ci-dessous.


Snarky Puppy 2013

Snarky Puppy en tournée française à l’automne

Après une prestation d’exception à l’Olympia en mai dernier, Snarky Puppy sera de retour cet automne pour une série de six dates hexagonales. Du 8 octobre au 8 novembre, la formation multigenres de Michael League se produira à Cergy, Nancy, Cenon, Ramonville, Tourcoing et à Paris (La Cigale).

Retrouvez toutes les dates françaises de Snarky Puppy dans notre agenda.


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Marcus Miller, Snarky Puppy et Maceo Parker au Festival Nancy Jazz Pulsations 2015

86725-1432200785-NJP2015-AFFICHE-WEB-400x600_640Rendez-vous automnal incontournable, le Festival Nancy Jazz Pulsations proposera sa nouvelle édition du 7 au 17 octobre prochain.

Marcus Miller, Snarky Puppy, Maceo Parker, Tony Allen, Vaudou Game, The Soul Rebels et Electro Deluxe seront à l’affiche d’une édition 2015 dont le programme complet est disponible en cliquant ici.

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Snarky Puppy “On joue pour les vibrations, pas pour la perfection”

Sylva, le nouvel album du talentueux collectif Snarky Puppy, propose la rencontre entre le groove et la symphonie en compagnie du Metropole Orkest. Michael League, bassiste et leader hyperactif de la formation, décrit à FunkU son approche de compositeur/producteur et le fonctionnement démocratique de son groupe multi-directionnel. “Depuis le début, je ne voulais pas faire de la branlette jazz”…

Funk★U : Comment s’est déroulé le processus d’écriture de Sylva ?

Michael League : J’ai tout écrit en tournée, dans des chambres d’hôtel et dans des avions sur petit clavier Midi. Beaucoup de choses ont été écrites une semaine et demie avant qu’on ne répète pour l’enregistrement. J’ai consacré deux jours à tout terminer. C’était assez compliqué d’écrire pour un orchestre juste avec un petit clavier, mais la technologie fait pas mal de miracles. C’est un album de voyage. J’étais tout seul devant mon ordinateur. Ce n’est pas la manière idéale d’écrire une symphonie, mais c’était la seule option que j’avais.

Aucun des morceau n’est né d’une jam ou d’une répétition ?

On ne répète jamais. Et nous étions en tournée donc nous n’avions pas l’occasion de jammer, on faisait juste des balances. Je travaillais sur les nouveaux morceaux après les concerts, dans ma chambre d’hôtel, dans le tour bus… dès que j’en avais l’occasion.

Le fait de ne jamais répéter est assez inhabituel, non ?

Je crois que ça le serait si nous ne jouions pas 170 concerts par an, mais quand on joue autant, on n’a plus besoin de répéter. Et puis on change la musique tous les soirs, on improvise beaucoup, on ne joue jamais un morceau deux fois de la même manière, donc pourquoi répéter si c’est pour tout changer au moment du concert ? Et puis ça fait 10 ans qu’on joue ensemble ! Si nous étions un groupe vocal, nous devrions nous assurer que nos voix s’accordent toujours bien, mais c’est une autre histoire. Si nous restions six mois sans jouer, je comprendrais qu’on répète, mais ça n’arrive jamais. On ne reste jamais plus de deux semaines sans se produire, donc tout est toujours frais.

La formule que vous avez adoptée – toi à la tête du groupe et beaucoup de live – avait-elle été réfléchie dès le début du groupe ?

Non, nous n’étions même pas sensés être un groupe. À la base, nous étions juste quelques amis qui jouaient ensemble. Mais il y a eu un effet boule de neige, les choses se sont accumulées.

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Considères-tu Snarky Puppy comme un groupe au sens traditionnel du terme ?

Oui, assurément. On est comme un groupe garage, comme n’importe quel groupe constitué d’amis qui écrivent de la musique ensemble, qui ont des groupes de merde, qui conduisent des heures pour jouer dans des clubs de merde, qui font tout par eux même. On ne voit pas souvent ça dans le jazz. C’est plutôt un truc de rock indé.

En même temps, vous avez une structure à géométrie variable et le groupe gravite autour de ton leadership.

OK, ça c’est différent de la définition d’un groupe traditionnel. La plupart des groupes sont composés d’un nombre de mecs, toujours les mêmes. Ce n’est pas notre cas, c’est très mouvant. Nous sommes comme un collectif. Dans ce sens, non, nous ne sommes pas traditionnels. Il y a certains éléments très normaux dans notre groupe, et d’autres qui sont vraiment bizarres. On va bientôt jouer notre premier concert sans moi aussi. Ce sera Tim Lefebvre à ma place.

Tu avais aussi évoqué Pino Palladino comme remplaçant idéal. Pourquoi eux ?

Parce qu’ils jouent incroyablement de la basse ! Ils savent de quoi ils parlent. J’aime les vrais bassistes, ceux qui jouent bas sur leur instrument, qui ont un super son, qui apporte du soutien à l’ensemble. C’est mon genre favori de bassiste. Je crois qu’en même temps qu’ils sont très impliqués dans la tradition de la basse électrique, son rôle fondamental et tout ça, ils sont très inventifs, ils prennent des risques et expérimentent. Et le son… surtout Tim, il arrive à sortir des sons que d’autres sont incapables de trouver. J’aime vraiment le mélange entre tradition et innovation.

Que penses-tu de Tal Wilkenfeld ? Son album solo avait la particularité, comme tu le fais dans Snarky Puppy, de ne ne pas mettre la basse en avant malgré de superbes lignes. Et ses musiciens (Wayne Krantz et Keith Carlock) ont aussi joué avec Tim Lefebvre.

J’adore Tal. On s’est rencontré à Los Angeles, on a fait une photo amusante ensemble, elle avait mis ses cheveux sur ma tête. C’est une bassiste et une chanteuse très douée. On a en commun qu’on parle de basse, tu vois ? Je veux dire, une basse ne doit pas remplacer un chanter et l’inverse ne doit pas arriver non plus. C’est ce que j’aime d’ailleurs dans cet instrument. Si j’avais voulu être sur le devant de la scène, attirer les regards, j’aurais choisi un autre instrument. Mais ce n’est pas ce que je veux.

Ça va même plus loin que ça : vous accordez plus d’importance à l’ensemble qu’aux passages solo.

Je crois que c’est de ma faute : j’essaie de trouver le ton qui nous va le mieux, quel va être le concept du groupe. J’avais des idées conceptuelles assez fortes depuis le début, je ne voulais pas que nous faisions de la branlette jazz, je voulais que le groove et que la texture prennent une place importante, je préférais les solos courts et concis, comme dans la pop. Une fois qu’on a eu établi ça, c’est devenu un leitmotiv pour les autres aussi. On s’est rendu compte que ça avait plus de sens que 15 minutes de branlette. Maintenant, c’est un fait accompli : ça marche. J’ai posé les bases, mais tout le monde l’a compris et l’a intégré.

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Michael League (New Morning 2013)

Ta position de leader ne frustre pas les autres ?

Non ! La seule frustration, c’est quand je ne dirige pas assez. On peux me dire “il y a vraiment trop d’opinions là, c’est à toi de trancher”. La plupart des gars ont leur propre groupe, ils se retrouvent aussi à des moments où ils peuvent dire aux autre quoi faire. Et mon songwriting créé le son du groupe, je crois qu’ils respectent ça. Quand ils écrivent pour le groupe, ils le font de manière à ce que ça fonctionne soniquement. Je crois que dans ce sens, les autres membres me respectent. Je ne crois pas que quiconque soit frustré ou considère que sa créativité est étouffée. Je pense qu’ils aiment le fait qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent dans ce groupe.

Vous avez enregistré Sylva live, comme pour le précédent disque. Vous êtes plus à l’aise avec ce mode de fonctionnement ?

Oui, ça nous permet d’abandonner la possibilité de perfection. On a une opportunité : il faut jouer et on ne pourra pas retoucher. Il y aura des erreurs et on l’accepte. Donc on ne se soucie pas des erreurs. On se soucie de l’ambiance, des vibrations. Donc on joue pour les vibrations, pas pour la perfection. En studio, à force de tout vouloir faire parfaitement, on y parvient, mais il n’y a aucune âme. Je préfère cette manière, elle est plus naturelle, plus organique.

Donc, vous ne passez plus par la case enregistrement studio séparés ?

Je n’en sais rien. J’adore le studio ! Je produis des disques pour d’autres artistes avec qui on enregistre de manière traditionnelle et j’adore ça. Pour mon groupe, je trouve que l’enregistrement live marche mieux, mais on pourrait y revenir.

Comment as-tu vécu le fait d’enregistrer avec un orchestre ?

Ça donne le sentiment d’avoir vraiment une puissance derrière soi. Il y a une vrai émulation et il faut saisir l’instant, savoir utiliser le temps. Un orchestre peut sonner de manière énorme si on lui donne un espace où il se sent un peu à l’étroit. Créer ce contraste dynamique a été la partie la plus amusante pour moi. Je voulais amener des sons différents et d’autres facettes de l’instrumentation. Le Metropole Orkest était le seul orchestre au monde auquel je pouvais penser pour ce projet. Il a été conçu pour jouer ce genre de musique, car il groove.

Quels ont été les rapports entre les musiciens de l’orchestre et ceux du groupe ? Il y a parfois des tensions entre les musiciens classique et les musiciens de musique moderne.

C’était l’exact opposé. Tout le monde s’entendait très bien, ça a été très simple. Le chef d’orchestre était super cool. Il vient du classique, mais il n’en a pas les clichés. Il a juste quatre ans de plus que moi. L’orchestre est habitué à ce genre d’exercice, il a déjà joué avec Chaka Khan, Elvis Costello… et puis ils sont Allemands, donc il sont cool, ils ne bavassent pas. Il font de leur mieux pour mettre à exécution ce qu’on leur demande. C’est comme ça que ça doit se passer : pas de complaintes, pas de “c’est trop compliqué” ou de “ce n’est pas comme ça qu’on fait dans un orchestre”.  Le chef d’orchestre faisait en sorte que ses musiciens soient raccord avec nous. Ça m’a donné envie de monter un orchestre. Si je pouvais, je travaillerais avec un orchestre tout le temps. Si j’arrivais à monter un orchestre en tenant compte de la personnalité de chacun, en choisissant les bonnes personnes, je pourrais vraiment faire quelque chose qu’on n’a jamais entendu auparavant.

Snarky Puppy a un côté orchestre.

On est beaucoup dans Snarky Puppy, mais nous ne sommes pas 52 ! Sur scène, on n’est jamais plus de 14. On n’a pas la même puissance. On ne peut pas être tous sur scène, ce serait trop. Au delà de trois claviers, c’est trop. À quatre, ça deviendrait brouillon, quel que soit le musicien derrière, c’est juste une question de configuration. Pareil, trois guitares, c’est le nombre magique, on peut monter à six ou huit cuivres, pas plus de deux batteurs. Au delà de 21 ou 25 personnes, tout le monde est limité. Le meilleur chiffre est entre neuf et quatorze.

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Quand on écoute le nouvel album, on sent vite qu’il a quelque chose de très cinématographique. Et tu as également expliqué qu’il t’était inspiré par la forêt.

À la base, je devais faire un disque pour une chanteuse. Elle devait chanter avec un batteur et un orchestre. Elle voulait que le groupe s’appelle Dark Woods Orchestra, c’était un nom cool, ça m’a évoqué beaucoup de choses. Donc j’ai écris ce disque pour elle et puis finalement on ne l’a jamais fait. Un des morceaux du disque, “Gretel”, avait été écrit pour elle, ça devait être le morceau d’ouverture. Il parle de deux enfants perdus dans une forêt pleine de choses dangereuses. Ces images étaient vraiment fortes dans ma tête, quelque chose dans mon cerveau a directement connecté avec le son d’un orchestre. Et avec celui que j’ai choisi.J’ai du changer plusieurs instruments, j’ai ajouté des cuivres, j’en ai enlevé d’autres… J’avais cette image de la forêt, j’ai écris un autre titre en pensant à une autre forêt dans laquelle j’avais été. J’ai ensuite décidé de faire pareil pour les autres : choisir une forêt dans laquelle j’étais allé et écrire à ce propos.

“The Clearing” est vraiment un excellent morceau, très narratif, très nuancé, comment avez-vous travaillé ce titre ?

J’avais écrit l’intro à la guitare, en chantant la mélodie. Puis je ne trouvais pas la suite. J’ai alors décidé de ne plus y penser et de m’amuser à la guitare, j’ai trouvé quelque chose que j’ai pensé pouvoir exploiter un jour pour un nouveau titre. Le lendemain, j’ai écouté ce que j’avais enregistré et je me suis rendu compte qu’en adaptant la tonalité, les deux choses allaient ensemble. Quand j’étais au lycée, il y avait une clairière au milieu d’une forêt, c’est là où se rendaient les mauvais gamins, pour fumer et boire, écouter de la musique et faire des trucs avec leurs copines. C’était l’endroit où on pouvait faire ce qu’on voulait. J’ai voulu en quelques sortes résumer ma puberté dans ce morceau. Des émotions profondes mélangée à des trucs un peu fous. L’orchestre est dingue, il joue d’une manière que je n’ai jamais entendue avant.

Es-tu intéressé par les sonorités plus électro ?

J’adore Squarepusher, j’adore Aphex Twin, j’aime ces mecs. Mais pas ce qui passe à la télé ou à la radio. C’est un genre qui a énormément de potentiel, mais où il y a beaucoup de trucs très mauvais. J’aimerais faire des choses… On voulait faire un album house, mais entièrement live. Je voudrais le faire, mais pas juste histoire de dire que je l’ai fait, il me faut un concept, que j’ai des choses à dire. Comme pour ce disque. Mais oui, c’est vraiment le genre le plus intéressant en ce moment, mais ce qui se passe est déprimant : la perception du public sur ce que font certains artistes et ce qu’il font vraiment… Le fossé est si vaste. Où sont les mecs comme DJ Master Mike ? Pourquoi l’industrie ne travaille plus avec ces gens-là ? C’est la raison pour laquelle nous avons mis 10 ans à signer avec un label. J’ai l’impression que les mentalités sont en train de changer cela dit, et qu’on se rend compte que la bonne musique aussi peut rapporter de l’argent.

Propos recueillis par Noé Termine. Photo d’ouverture : Stella K.

Snarky Puppy & Metropole Orkest Sylva (Impulse!/Decca/Universal). CD/DVD disponible. En concert à Paris (L’Olympia) le 7 mai et au festival Jazz à Coutances le 8.


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