Jamie_Lidell+JamieLidell

Jamie Lidell “Jamie Lidell”

Difficile de suivre l’évolution musicale de Jamie Lidell tant il s’amuse à brouiller les pistes. Après un Compass soul-pop très moyen, il a choisi d’enregistrer seul, chez lui, à Nashville. En épurant son travail pour se concentrer sur ses influences multiples, le britannique signe son disque le plus personnel. Jamie Lidell drague toujours la soul et le funk, mais rappelle aussi ses débuts en injectant une bonne dose d’électro. Le chanteur-musicien-producteur sert alors un groove froid, dopé de basses lourdes jouées au clavier et foisonnant de sons électroniques. Il parvient à donner une âme aux machines, à la manière d’un George Clinton ou d’un Prince, qu’il cite d’ailleurs parmi ses premières inspirations pour ce disque, et rappelle qu’un homme se cache invariablement derrière ces instruments. Sans rompre réellement avec ses prédécesseurs – ils ont en commun un sens de l’arrangement affûté, cet album est surtout une suite de Multiply et When I Come Back Around, qui trouve ici un écho des plus aboutis.

Noé Termine


Lena+TheDeep+Soul+Burn

Lena & The Deep Soul “Burn”

Neuf fois sur dix, lorsque la rédaction de Funk-U décachette les enveloppes contenant des productions hexagonales, la déception est immédiate dès les premières mesures du CD-R glissées dans l’avaleur de données. Souvent la faute à un manque d’imagination stylistique ou, dans la majorité des cas, d’un chanteur/euse pas au niveau d’un groupe prometteur. Lena & The Deep Soul et leur excellent Burn font partie des heureuses exceptions. Emmenés par Léna Rodes, les montpelliérains ne jouent pas la carte périmée de la soul vintage, mais celle d’un deep funk orienté 70’s. Dans « Out of Control », Betty Davis se vautre avec délice dans la fange disco-funk. « Burning » et son clavinet reptilien, « We Don’t Need to Hurt Each Other » et sa talk-box Sly Stonienne, le Moog Princier de « I Can’t Hide it » et le bien nommé « I Want to Funk U » sont à compter parmi les autres réussites d’un album chaudement recommandable.

Cesar

-Lena & The Deep Soul,  Burn (Deep Music/Musicast)


Rock Candy Funk Party

Rock Candy Funk Party “We Want Groove”

Ils sont américains, fans de jazz/funk et de rock estampillé 70’s et partagent des affinités communes pour la musique de Sly Stone, Led Zeppelin, Prince, Jeff Beck, Earth Wind & Fire et Miles Davis. We Want Grooove est le premier album de Rock Candy Funk Party, un combo de Los Angeles regroupant le batteur-producteur Tal Bergman (Joe Zawinul, Luther Vandross, Chaka Khan, Terence Trent D’Arby), le guitariste DeJesus (The Emotions, Tito Puente, Hugh Masekela), le bassiste Mike Merritt (le backing-band de l’animateur TV Conan O’Brien), le virtuose de la six-cordes Joe Bonamassa et Renato Neto, clavier bien connu de la galaxie princière.

Enregistrés en 10 jours à Los Angeles, We Want Grooove aligne 9 instrumentaux terrassants de funk mutant, de l’introduction Zeppelinienne d’« Octopus-e » au groove façon Motown psyché de « The Best Ten Minutes of Your Life », sans oublier le morceau-titre, un clin d’oeil percutant au « Sexy MF » de Prince. We Want Grooove se referme sur « New York Song », une conclusion lancinante en droite lignée des déambulations Hancockiennes. Un album « à l’ancienne », une sacré tranche de rythmiques velues traversées par des solos cosmiques ainsi qu’une bonne dose d’humour. Du lourd, du très lourd… 2013 vient à peine de commencer, mais nous tenons déjà la bombe funk-rock de l’année !


AliceRussell+ToDust+LP

Alice Russell “To Dust”

En ouverture, « A to Z » n’a malheureusement rien à voir avec « ABC », mais la chanson nous permet néanmoins de retrouver la voix de celle qui avait frappé un grand coup avec son Pot of Gold en 2008, rempli de cuivre sucrés. Pourtant, ce morceau fait des promesses que To Dust ne tient pas sur la longueur. Alice Russell s’est calmée vocalement sur ce disque qu’elle veut plus intimiste, mais qui en ressort surtout très inégal. On a perdu l’instrumentation éclatante, tout est plus lisse et teinté de désillusion. Si cet assombrissement semble volontaire et assumé par la chanteuse, son chant ne se prête pas à l’exercice. Au lieu d’un album épuré propre à la soul triste, on se retrouve avec des chansons fades qui n’accrochent pas l’oreille et dont on peine à trouver le refrain et la mélodie. Certains titres comme « Hard and Strong » ou « To Dust » rappellent le 21 d’Adele, lui aussi bien en deçà des capacités de son interprète. Entre pop et soul, Alice Russell aurait dû choisir son camp, car mieux vaut parfois trancher que mal hybrider.

Noé Termine


Lee+Fields+Faithfulman.LP

Lee Fields “Faithful Man”

Lee Fields fait aujourd’hui partie des valeurs sûres d’un circuit rétro-soul de plus en plus encombré. Assisté par Jeff Silverman et Leon Michels, producteurs-fondateurs du label Truth & Soul, le screamer de Wilson (Caroline du Sud) publie son quatrième album solo, plus de 40 ans après ses débuts. Le résultat est moins éclatant que l’exceptionnel My World, qui avait réussi à dresser un pont entre l’écriture deep-soul de Fields et de discrètes touches contemporaines. Les dix titres atteignent parfois  l’excellence (« You’re the Kind of Girl »), mais à l’instar des récents efforts siglés Daptone, Faithful Man opte à nouveau pour le flashback sonique (cordes soyeuses, pêches de cuivres millimétrées et même une reprise des Rolling Stones straight from Muscle Shoals). Comme si l’ancien sosie de James Brown s’acharnait à parfaire les sonorités mid-sixties du Grand Manuel Soul. C’est sans doute en cela que Lee Fields demeure Un homme fidèle.

Cesar


Allen+Stone+LP

Allen Stone “Allen Stone”

Il y encore quelques mois, personne n’avait entendu parler de ce « hippie with soul » à la dégaine de roadie famélique du Grateful Dead. Allen Stone a grandi chez les méthodistes et n’a approché ses premières galettes soul qu’à la fin de l’adolescence. À 26 ans, ce fanatique d’Al Green et Stevie Wonder a rattrapé le temps perdu en enregistrant deux albums. Last to Speak, le premier paru en 2010, était une affaire autoproduite couleur folk barbu. Allen Stone, le second, fait coïncider aujourd’hui une révélation groove tardive et le soutien d’une major. « Say So », « Satisfaction » et « Sleep » sont d’excellents stompers, les ballades ont de la classe (« Unaware ») et Stone est un songwriter malin capable de conjuguer l’air du temps (les méfaits du Smartphone dans « Contact High ») avec d’épatantes dispositions vocales. Et si l’ensemble ne bouleversa pas les codes de la soul rétro-moderne, l’énergie churchy et la générosité d’Allen Stone sur scène n’aura aucun mal à convertir les non-croyants.

Jacques Trémolin

-Allen Stone, Allen Stone (Decca/Universal)


TheStepkids+LP

The Stepkids “The Stepkids”

Avec leurs dégaines d’ingés-son de studio et leur pilosité fournie, les Stepkids ont tout l’aur du groupe indie taillé pour la couv’ de Magic. Venus de Nouvelle-Angleterre, Dan Edinberg, Jeff Gitelman et Tim Walsh ne jurent que par Sly Stone et dit-on, sont capables de reprendre l’intégralité d’Aja de Steely Dan à la cymbale près ! Leur premier album éponyme hébergé par Stones Throw est une réussite totale sur laquelle planent les délires d’Echoplex du Funkadelic première période et les productions fêlées de Charles Stepney. Impossible de ne pas penser au Rotary Connection en écoutant le lyrisme soul réverbéré de « Shadows on Behalf » et « Brain Ninja ». La lourdeur des riffs Hazeliens et un soupçon de David Axelrod sont également à compter dans l’album le plus défenestrant de l’hiver.

SlyStoned


Robin+McKelle+Soul+Flower+LP

Robin Mckelle & The Flytones “Soul Flower”

Plus habituée aux pages des Jazz magazines, Robin McKelle, crooneuse deluxe pour big bands encravatés, réalise un vieux rêve en embrassant la soul music et du R&B. Loin des tributs bobos qui pullulent depuis l’explosion du phénomène rétro-soul, Soul Flower se distingue par ses originaux flamboyants (« So It Goes », « Fairytale Ending ») et ses reprises à contre-pied des standards (un vigoureux « Walk On By » attaqué uptempo). Lee Fields, impérial sur une cover plein Sud du « To Love Somebody » des Bee Gees, et l’impressionnant Gregory Porter (« la » voix de 2012) contribuent également à un effort certes satiné, mais dénué de toute trace d’immobilisme vintage.

J.T.


Best of Disco Demands Compiled+Al+Kent

The Best of Disco Demands Compiled by Al Kent

Genre souvent méprisé pour sa formule irrépressible et ses propos écervelés, la disco incarne, au choix, l’évolution logique de l’idiome funk ou son acte de décès. Ce volume récapitulatif de la série exemplaire du DJ/collectionneur Al Kent penche pour la première option en s’écartant des sentiers battus pour mieux se rapprocher d’un rare groove indexé sur les basses pachydermiques et les 4/4 pied au plancher. 46 titres et 5 CDs au compteur avec trop de point forts et pas assez d’espace dans ces colonnes pour être cités (notons quand même les délires rythmiques du « Let’s Go Disco » de TC Company et la cover solaire du « Zarathustra » de Strauss par le Alice Street Gang). Caramba, The Best of Disco Demands satisfera à la fois les amateurs de vinyle (quadruple LP en pressage limité) et les adorateurs de pochettes 3D !

SlyStoned


Fdeluxe+Gaslight+Album

Fdeluxe “Gaslight”

En 1985, Prince poursuit sa course folle et produit The Family, un projet vaguement néo-romantique en compagnie de St Paul, Eric Leeds, Susannah Melvoin et Jellybean Johnson. Un album, un concert et un futur tube qui s’ignore (« Nothin’ Compares 2 U ») plus tard, The Family devient orphelin quand Prince décide de passer à autre chose. Flash forward jusqu’en 2011 : The Family se nomme désormais Fdeluxe (les avocats pourpres sont passés par là) et publie son deuxième album, Gaslight. Le nom a changé, mais la chanson reste la même, comme diraient Page & Plant. Le funk pop – ou la pop funky ? – des Family de 1985 transpire dans les grooves inspirés de « Sanctified », « Drummers and Healers » et du morceau-titre. Dans l’instrumental, « Leeds Line », Eric Leeds rappelle qu’il fut l’un des grands initiateurs de Prince en terres jazzy et la bonne surprise s’accompagne d’une bonne nouvelle : les orphelins de Paisley Park se sont trouvés une nouvelle famille.

César


East+Of+Undergound+LP

East of Underground

À l’heure où les labels indépendants sondent le puit sans fond de l’underground soul/funk, Stones Throw propose un coffret aux origines 100% inédites. Pas d’obscure formation tropicale ni de comètes du rare groove dans East Of Underground, mais d’authentiques soldats inconnus du funk, et de véritables fantassins de surcroît. Parqués dans les bases militaires allemandes à la fin des années 1960, ces engagés de l’armée US avaient échappé de peu à l’enfer du Vietnam et rejouaient « la musique du pays » dans d’anonymes studios germaniques. Ce superbe écrin renferme 3 CDs comprenant les performances de quatre combos, East of Underground, SOAP, The Black Seeds et The Sound Trek. Les covers artisanales des premiers s’avèrent les plus respectables, notamment lorsque les biffins s’attaquent aux standards de The Undisputed Truth (« Smiling Faces »), Sly Stone (« Higher ») et Curtis Mayfield (« If There’s a Hell Below… »). Un document rare dédié aux true funk soldiers.

J.T.


Kid+Creole+I+Wake+Up+Screaming+LP

Kid Creole & The Coconuts “I Wake Up Screaming”

Dans les pages de ce numéro, August Darnell, aka Kid Creole, revient sur la conception contrariée d’I Wake Up Screaming, son nouvel album depuis The Conquest of You (1997) et la compilation Going Places parue en 2008. Une collaboration imposée avec Andy Butler (Hercules and Love Affair), puis les aléas des échanges de fichiers virtuels ont freiné un projet qui a bien failli finir dans une poubelle virtuelle. Ceci explique sans doute cela au vu d’un album à cheval entre quelques longueurs malvenues et une mise à jour réussie du songwriting chatoyant de l’ancien King de la scène post-disco New-yorkaise. « Stony and Cory », « I Do Believe », « Tudor-Jones » et « Blow Me Up » ravivent la flamme d’un hipster tropical qui nous avait manqué. Welcome back, Kid.

SlyStoned


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