Kris+Bowers+Album+2014

Kris Bowers “Heroes + Misfits”

Kris Bowers publie Heroes + Misfits, dix titres aux accents Jazz, Nu-Soul, et Rock. A majorité instrumental, le premier opus de ce jeune pianiste ayant notamment fait ses classes chez Marcus Miller et Aretha Franklin est de très bonne facture, avec entre autres des featurings de Casey Benjamin - talentueux sax et vocoder du Robert Glasper Experiment- José James et Chris Turner. Adam Agati (Marcus Miller, Larry Graham, Lalah Hathaway, Angie Stone) est aux guitares, Jamire Williams (Glasper, Bilal, John Mayer) aux drums et Bruniss Travis (Glasper, Gretchen Parlatto) à la basse. Le titre phare est sans conteste « WonderLove » et sa suite « Forever Wonder ». Pas étonnant de voir cet ancien de la Julliard School dans le top 10 des artistes à suivre sur iTunes en 2014. Plus qu’un pianiste, Bowers est un véritable compositeur doté d’une étonnante maturité pour ses 24 ans.

Jim Zelechowski

Kris Bowers Heroes + Misfits (Concord Jazz /Universal). Sortie le 3 mars.


Takuya

Takuya Kuroda “Rising Son”

 

Takuya Kuroda publiera le 17 mars Rising Son, son premier album sur le prestigieux label Blue Note. Principalement connu pour avoir un rôle majeur dans le groupe de José James, le trompettiste japonais s’entoure de ses compères pour son troisième album. On retrouve ainsi José James à la production, mais aussi sur la reprise de « Everybody Loves The Sunshine » de Roy Ayers. L’époustouflant Salomon Dorsey est à la basse, Kris Bowers aux claviers, Corey King (Esperanza Spalding) au trombone et Nate Smith à la batterie. James a clairement incité le trompettiste à mettre en avant son côté hip-hop et R&B : on le sent dès la première écoute où certains titres rappellent le RH Factor, voire même certaines productions du second LP d’Electro Deluxe. Les talents du trompettiste formé a Berklee, influencé par Miles Davis (quel trompettiste ne l’est pas ?) et Lee Morgan sont mis en avant, mais on regrette cependant la courte durée du contenu (8 titres seulement). L’album est à l’image des dernières sorties Blue Note : hétéroclite, urbain et audacieux.

Jim Zelechowski

Takuya Kuroda Rising Son (Blue Note / Universal) Disponible depuis le 18 février.

 


Omar “The Man”

Hermétique à toute tendance capillaire ou vestimentaire, Omar ne s’est jamais départi de ses dreadlocks et de ce jean à trous, cauchemar matérialisé du photographe de presse qui aime le soulman en costard impeccable. Musicalement, c’est un peu pareil. En sept albums, Omar ne s’est jamais trop éloigné d’un sillon soul/jazz qu’il creuse toujours un peu plus profondément, parfois avec plus ou moins de sophistication, mais toujours avec raffinement et élégance. The Man ne déroge pas à la règle.

Sourd aux sirènes du tout analogique, sans recherche forcenée d’une patine authentique, puisqu’Omar est authentique. Il est à un point où il a depuis longtemps délimité et affirmé son style et où il a tellement bien assimilé ses influences qu’il ne les ressert plus de manière frontale mais plutôt bien cachées derrière les touches noires et blanches de quelques claviers électriques vintage ou sous formes d’œillades cuivrés ou cordés à la glorieuse soul des 70’s. Dandy british, c’est sans forcer le trait que sa soul veloutée s’accouple à des accents jamaïcains ou des ondulations Brésiliennes, et c’est avec un naturel qui sonne comme une évidence qu’Omar revisite ses propres titres passés au statut de classique, ici l’inoxydable « There’s Nothing Like This » à la ligne de basse stéroïdée par Pino Palladino. Entre deux albums, Omar laisse parfois filer de longues années. Mais, le résultat se classe toujours quelque part entre le très bon et le très très bon.

Max Puissant

 


The Sweet Vandals “After All”

La tentation-piège trop souvent observée chez les groupes postés sur le créneau soul-funk vintage est de vouloir envoyer comme dix dans le micro, de survitaminer les rythmiques, de vouloir faire ressortir le poumon par l’autre côté du saxo, bref : d’en faire trop, pensant certainement que c’est là une des clés pour sonner authentique.

Les Doux Vandals espagnols ont eux bien compris que la réussite tenait surtout à deux choses : des titres bien écrits et une production bien maitrisée. Tout ça évidemment capté en analogique, sinon pas de label roots qui tienne et avec, si possible, quelques sorties hors du cadre dans lequel on les attend compte tenu qu’il s’agit là de leur quatrième album. Aussi, sans laisser sur le bord de la route le bon vrai funk qui castagne (« Ain’t No Use »), l’ambiance peut glisser tranquille vers une soul bluesy sans chaos (« Waves And Wings ») voire dans des climats plus sombres aux arrangements de cordes à la Syl Johnson (« Our Rulers Are Liars »). Aucun débordement incontrôlé, aucun solo qui débarque brusquement comme un flic sans mandat, même la rugissante Mayka Edjo à l’énergie vocale évidente se trouve du coup parfois comme bridée ou en retenue. Alors, on se demande si le crew Madrilène n’avance pas avec le pied sur le frein histoire de ne pas trop libérer les chevaux fougueux qui pourraient emmener la diligence dans le décor…

Max Puissant

The Sweet Vandals After All *** (Sweet Records/Differ-Ant). Disponible depuis le 6 mai en CD, LP et digital.


Wolfmoon_album_réédition

Wolfmoon “Wolfmoon” (1969, réédition 2013)

Derrière cette pochette au psychédélisme Marvelien avant l’heure, se cache une des productions charriées par les eaux boueuses du bayou de Swamp Dogg. Batteur de fonction première, Tyrone Thomas, rebaptisé Wolfmoon par le chien de marécage, réalisait en 1969 cet album habité par une voix brutale, à l’opposé des normes doo-woop tout en harmonies. Rhythm & blues et gospel seront les deux pistes majeures empruntées par le lupus, entre conventionnel inoffensif et déglingué sous substances. Car, bien que souillées par la patte crasseuse du Dogg, les reprises de “If I Had A Hammer” ou de “Proud Mary” accolées à un “Godbless” niaisement naïf ou naïvement niais constituent la face la plus présentable du canidé. Et c’est finalement quand le loup retourne à l’état sauvage, qu’il va laper le funk et la soul sales à même le sol, que son chant devient possession et que cuivres et guitare ne se soucient plus de tout ébrécher sur le passage que la chose devient la plus intéressante. Même camouflé sous des cordes émouvantes et des claviers liturgiques, même lavé et relavé encore, ce disque sentira toujours la crasse animale.

Max Puissant.

Wolfmoon (Alive Natural Sounds/Differ-Ant). Disponible en CD, LP et digital.


Daft Punk “Random Access Memories”

Certains lecteurs ont peut-être été étonnés, voire suffoqués, par la présence récurrente de Daft Punk dans ces pages virtuelles au cours des dernières semaines. En temps normal, Funk★U aurait pu vous lister la liste d’emprunts des rejetons des producteurs d’Ottawan et des Gibson Brothers, où encore gloser sur des mélodies trop catchy pour être honnêtes avant de retourner écouter Breakwater ou Quazar. C’était sans compter sur le virage analogique de Random Access Memories, le quatrième album des alter-égos casqués de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo. Véritable disque de genre(s), RAM cale les deux tiers de son contenu sur un disco-funk pulsé par les parties défenestrantes de sessionmen qui ont tout vu, du chitlin’ circuit au Studio 54 (les noms de Nathan East, bassiste massif de Stevie Wonder et Paul Jackson, Jr., le guitariste de Thriller, circulent déjà sur quelques tracklistings). Le break crunchy de « Give Life back To Music », porte d’entrée de 73 minutes supersoniques dont le single éclaireur « Get Lucky » n’incarne que la facette la plus accessible du projet, ne laisse aucun doute sur la présence de Nile Rodgers et ses Chic-Isms.

Privé de crédits musiciens lors des écoutes, il est difficile d’identifier l’auteur des arpèges liquides de « The Game of Love », mid-tempo caniculaire guidé par un lick de basse télégraphique et des parties vocales à la talk-box façon Roger Troutman. Zapp produit par Chic ? Pas loin. En revanche, c’est bien Giorgio Moroder qui raconte l’histoire de l’electro dans « Giorgio By Moroder », une suite Hi-NRG/prog hallucinogène et uptempo ponctuée par des allusions au thème de Midnight Express et des synthés latino évoquant la période brésilienne de George Duke. Aux dires d’internautes bien renseignés, Omar Hakim et John Robinson Jr., le cogneur d’Off The Wall, se partageraient les drums du funk minimaliste et salement princier de « Lose Yourself To Dance », à nouveau chanté par Pharrell Williams sur fond de guitares scratchées et de handclaps démesurés. Et s’il n’y avait que ça… L’intro péplum de « Beyond » débouche sur un long instru Calif’, tout près de Michael McDonald et de son indéboulonnable « I Keep Forgetting ». Deux titres et le break Funky Drummer de « Motherboard » plus loin, c’est Hall & Oates et Fleetwood Mac qui semblent reprendre le flambeau de « Fragment of Time », une dinguerie blue-eyed soul ou l’on perçoit – Choc ! – une guitare slide au fond du mix.

Et les robots dans tout ça ? En retrait derrière leurs vocoders et la vitre de la cabine de contrôle, les producteurs réinventent leur dynamique et passent du noir et blanc numérique à la couleur analogique. Fortunes diverses : Pour « Within », un joli interlude mélancolique pianoté par Gonzales, et « Touch », une symphonie pop SF dérangée introduite par Paul Williams, le Phantom of the Paradise en personne, le duo s’égarent dans la pop 80 pastel avec Julian Casablancas des Strokes (« Instant Crush », sans doute recalé de la BO de Drive). Avec sa toccata liturgique et sa batterie heavy-métal, le final apocalyptique de  »Contact » hésite entre Justice et les Chemical Brothers. En tournant le dos au sampling et à l’électro stadière, Random Access Memories préfère ranimer la mémoire vive de la dance music hédoniste du tournant des années 1970 et 80, une époque où un disque capturait non pas une séquence de fichiers, mais une performance. À prendre ou à laisser. Prenez.

SlyStoned

Daft Punk Random Access Memories (Columbia/Sony Music). Disponible le 20 mai en CD, double LP et digital.


Shuggie Otis “Inspiration Information – Wings of Love”

On ne présente plus Inspiration Information, trésor blufunk de 1974 exhumé en 2001 par Luaka Bop et aujourd’hui agrémenté de quatre chutes de qualité : « Miss Pretty », déjà disponible sur la compilation Watts Funky de Johnny Otis and Friends de 2001 est un inédit digne du meilleur de Sly Stone, période Fresh/Small Talk. « Magic » et « Things Like We Do » prolongent les expérimentations de la boîte à rythmes Rhythm Ace tandis que « Castle Top Jam » s’autorise un final lysergique du plus bel effet. Wings of Love, le disque supplémentaire post-74 de cette édition Deluxe, compile 13 titres enregistrés lors du long silence discographique de Shuggie Otis. Le morceau-titre, un des sommets des concerts mitigés de l’an dernier, offre d’entrée un sublime décollage Hendrixien. On est intrigué par les tentatives disco de « Special », séduit par le proto-electro « Tryin’ to Get Close to You » et les midtempo de « Walkin’ Down the Country » et « Fawn », mais le mélange de prises d’époques et de curieux ajouts de synthétiseurs furieusement 80’s ressemble davantage à une créature de Frankenstein pop/funk qu’à une seconde pépite oubliée.

Cesar


Charles Bradley Victim

Charles Bradley “Victim of Love”

À force de tournées, Charles Bradley avait oublié que son seul album commençait à donner une impression de redite à un public qui pourtant répondait toujours présent. L’heure de donner un successeur à No Time For Dreaming avait donc sonné. Un successeur, pas une suite. Car Victim Of Love rebat les cartes et sort du paquet le joker « instru Menahan Street Band ». Ici tout est neuf. Plus de tracas, de tourments ou de listage des coups durs : tout n’est qu’amour. Gai, contrarié ou douloureux. Amour souffrance, partagé ou à sens unique, mais amour toujours. La soul stricto-sensu ouvre son mix au folk et au psychédélisme, et Bradley tombe la veste pour se la donner funk comme au temps des Bullets. Impeccablement mis en forme par un Tom Brenneck et ses arrangements désormais estampillés Dunham et incopiables sous peine d’accusation de plagiat, Victim Of Love a déjà un goût de classique avec tous ses indicateurs de qualité montés d’un cran. Voire de plusieurs.

Max Puissant

-Charles Bradley, Victim of Love (Dunham/Differ-Ant) disponible en vinyle, cd et téléchargement.


The James Hunter “Six Minute By Minute”

Avec sa voix de crooner aguerri, son jeu de guitare tight, son look irréprochable et sa gueule de gangsters des bas-fonds londoniens, James Hunter possède tous les atouts du revivalist soul aussi attachant que crédible. Dans Minute By Minute, son cinquième album crédité cette fois au James Hunter Six, l’ancien bras droit d’Aretha Franklin, Etta James et Van Morrison s’est acoquiné à un autre spécialiste de la soul vintage sur mesure : Gabriel Roth, le producteur en chef des confections Daptone.  Le résultat, enregistré en studio dans les conditions du live, ne peut que séduire : on y trouve aussi bien des embardées Motowniennes (« Chicken Switch ») et des ballades les yeux rouges à six heures du matin (« If I Only Knew ») que des mambos lascifs (« Heartbreak ») et des pièces en big-band semblant venir tout droit du Club Copa Cabana circa 1966 (« The Gipsy »). Un disque à l’ancienne, donc, mais dans le bon sens du terme.

Jacques Trémolin


Vigon+Soul Men

Vigon Bamy Jay “Les Soul Men”

Entre coffrets, rééditions, hommages divers (de Seal à… Gilbert Montagné !) et un revival monstre depuis les cartons mondiaux d’Adele et d’Amy Winehouse, la soul a le vent en poupe, y compris au pays de Loulou Gasté. Les Soul Men abrite la rencontre de Vigon, le James Brown de Rabat, Erick Bamy, la doublure voix de Johnny et de Jay Kani, ancien Poetic Lover. L’inspection des onze titres de la sélection révèle les noms des suspects habituels (Otis, Bill, Ray…), mais l’écoute du grand retour de Vigon sur disque réserve quelques surprises de taille : « Soul Man », la bombe Stax de Sam and Dave, bénéficie d’une relecture joyeusement funky, « I’ll Be There » dépote drôlement et « Long Train Running », le hit 70’s des Doobie Brothers, s’écarte de son modèle patchouli en basant sa rythmique sur le culte « The Seed » de Cody ChesnuTT. Plus qu’agréables en hi-fi, les harmonies de ce trio vocal trans-générationnel devraient faire des merveilles sur scène.

Jacques Trémolin


Apple and the Three Oranges “Free and Easy – The Complete Works”

Seuls une poignée de cratediggers ou d’insomniaques d’eBay connaissaient le nom d’Ed « Apple » Nelson, batteur/leader du combo de Los Angeles d’Apple and the Three Oranges et fondateur du label  Sagittarius Records. À l’aube des années 1970, les quelques faces gravées par Nelson en solo et avec son groupe à l’appellation fruitée n’avaient pas dépassé les lisières de la Cité des anges. Quarante ans plus tard, les grooves décavés de « Gotta Stand For Something », « What Goes Around Comes Around » et « My Love Needs Your Love (And Everybody Needs Love) » évoquent une émule californienne de Sly Stone et James Brown. Et comme c’est souvent le cas dans ce type de réédition (voir la fantastique collection Numero Group), l’histoire déchirante – et malheureusement courante – de Nelson contée dans le livret ajoute une autre dimension à son funk généreux et dépoli.

Cesar


Jimi Hendrix “People, Hell & Angels”

Annoncée comme l’une des dernières vraisemblables excavations des archives studio « exploitables » de Jimi Hendrix, People, Hell & Angels se penche sur les créations post-1968 du gaucher de Seattle. Une période bénie pour les amateurs du Hendrix groovy, alors tiraillé entre ses origines R&B et les explorations fusionnelles du Band of Gypsys. Néanmoins, cette compilation fourre-tout désarçonne en mélangeant des prises inférieures de titres connus (« Earth Blues », « Hear My Train A Comin’ », « Izabella ») et quelques stupéfiantes prises soul-funk. La chevauchée Stax de « Let Me Love You », enregistrée avec Lonnie Youngblood en 1969 brille dans ce registre aux côtés de « Mojo Man », une collaboration avec les Ghetto Fighters et certainement la plage deep funk de référence du catalogue Hendrixien. L’ensemble reste toutefois frustrant, à l’image des 1’42 de « Villanova Junction » proposée à la place de la titanesque version des 27 minutes disponible sur plusieurs bootlegs. Hendrixus interruptus !

Jacques Trémolin


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