Miles Disquaire day 2020

Miles Davis, Prince et Booker T. & The MGs pour le Disquaire Day

Samedi 24 octobre, la troisième et dernière étape d’un Disquaire Day 2020 chamboulé par la crise sanitaire proposera une nouvelle fournée d’édition vinyles collector.

Disponibles uniquement ce samedi, les parutions spéciales de Double Image: Rare Miles From the Complete Bitches Brew Sessions de Miles Davis, de la version double-LP Picture de Sign Of The Times de Prince et la version remasterisée de McLemore Avenue de Booker T. & The MGs seront au rendez-vous.

Liste complète des sorties à découvrir sur les sites du Disquaire Day et du Record Store Day.


Bootsy Power

Audio : Bootsy Collins feat. Snoop Dogg “Jam On”

Bootsy Collins publiera son nouvel album studio intitulé The Power of the One le 23 octobre prochain.

Le successeur de World Wide Funk comprendra, outre une reprise de “If You Want Me To Stay” de Sly Stone, la présence de George Benson, Larry Graham, Branford Marsalis, Christian McBride, Victor Wooten, Dr. Cornel West, Brian Culbertson,  des batteurs Steve Jordan, Dennis Chambers et des nouvelles jeunes recrues, dont les guitaristes Brandon “Taz” Niederauer (17 ans !), et Christone “Kingfish” Ingram.

Le 24 octobre, le lendemain de la sortie de The Power of the One en CD et version digitale – l’édition vinyle est prévue pour décembre -, Bootsy Collins donnera également une performance en livestream sur son site officiel.

Découvrez ci-dessous “Jam On” featuring Snoop Dogg et Brandon “Taz” Niederauer à la guitare.


Aloe

Aloe Blacc : « ”I Need a Dollar” a été une bénédiction pour moi »

De passage à Paris pour la promotion de son cinquième album All Love Everything, Aloe Blacc évoque pour Funk★U son disque le plus personnel à ce jour.

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Funk★U : Vous êtes un des rares artistes américains à venir faire la promotion de son nouvel album en Europe pendant la pandémie. All Love Everything a-t-il été composé pendant le confinement ?
Aloe Blacc : Non, ces chansons ont été composées au cours des quatre dernières années et nous avons terminé l’enregistrement de cet album juste avant le confinement. L’inspiration principale d’All Love Everything n’est donc pas la pandémie, mais tout simplement ma famille. C’est un thème intemporel, et je raconte dans ces chansons mon expérience de père et de mari. Je n’aurais pas pu le faire plus tôt car je n’avais pas assez d’expérience, ni de recul, pour composer de telles chansons. J’y parle de mes enfants, de ma femme, de mes parents, de mes amis et de mes souvenirs…

Vous parlez également de vous-même de manière très personnelle dans « Hold On Tight ». Qu’avez-vous voulu décrire dans cette chanson ?
Dans « Hold On Tight », j’ai voulu parler de ces personnes vulnérables dont nous sommes très proches, mais qui refusent, ou ont du mal à accepter, qu’on leur vienne en aide. En raison de leur vulnérabilité, il est difficile pour eux de s’ouvrir aux autres, et cette sorte d’enfermement les empêche d’évoluer vers un processus de guérison. Ces questions me touchent personnellement car je retiens souvent mes émotions, et je préfère les exprimer au travers de mes chansons. J’aimerais m’ouvrir plus aux autres, et cet album participe à cette envie de partager.

Aloe Blacc sabCôté musique, qui sont les principaux contributeurs d’All Love Everything ?
Jonas Jeberg, qui est également un musicien très talentueux, a produit l’album, en plus de jouer de la batterie et des parties de basse et de claviers. Il a apporté énormément d’idées et de feeling à mes compositions, qui pour la plupart ont été maquettes en versions piano-voix ou guitare-voix.


Excepté quelques programmations, la production d’All Love Everything est intemporelle, avec des clins d’oeil à la Motown et à la soul de Stevie Wonder.

All-Love-EverythingC’est exact, mais le plus important pour moi reste l’intemporalité de mes textes. Lorsque vous écrivez des paroles qui vous parlent, vous pouvez ensuite les produire de toutes les manières et dans tous les styles musicaux imaginables. Par exemple, dans « Family », le premier titre de l’album, j’évoque ma femme et mes enfants. Mes parents sont originaires du Panama, la famille de mon épouse vient du Mexique et j’ai choisi d’intégrer des éléments de musique latine dans les arrangements pour raconter notre histoire personnelle et là d’où nous venons. Il se trouve également que ma femme adore danser sur du dance-hall, et j’ai inclus volontairement quelques séquences tout au long de l’album.

Vous êtes un chanteur soul. Selon vous, la soul music est-elle le médium idéal pour délivrer votre message ?
La soul music est considérée depuis longtemps comme un médium qui véhicule la vérité, notamment par le biais des grandes voix du passé, celles du mouvement des droits civiques et celles qui décrivaient l’expérience de vie à l’intérieur d’une communauté marginalisée. La musique folk est un autre vecteur important d’histoires, de vérité et de messages. Je pense néanmoins qu’on peut délivrer des messages importants sans se soucier des genres musicaux. J’ai démarré ma carrière dans le hip-hop, et lors de la naissance de ce genre, c’était le moyen idéal de transmettre la réalité du quotidien.

Vous vous êtes fait connaître en France grâce au succès de « I Need a Dollar ». Pour certains, obtenir un tel hit en début de carrière peut se transformer en fardeau. Est-ce votre cas ?
« I Need a Dollar » a été une bénédiction pour moi. La part de marketing est toujours importante au début de la carrière d’un artiste. Cette chanson m’a permis de me faire connaître et de révéler mes intentions au grand public. J’ai eu beaucoup de chance, et ce succès m’a permis de partager encore plus de musique et d’effectuer des rencontres extraordinaires. D’ailleurs, je tiens à signaler que la France a été le premier pays où « I Need a Dollar » a obtenu du succès. Je ne sais pas ce qui se serait passé, ni où je serais aujourd’hui sans cet accueil et je serais toujours reconnaissant envers votre pays.

Propos recueillis par Georges Zipp. Photo : Sabrina Mariez.

Aloe Blacc All Love Everything (BMG). Disponible.

 


Stevie Wonder Hurricane Relief 2017

Stevie Wonder crée son label et publie deux nouvelles chansons

À 70 ans, Stevie Wonder, la dernière icône de la musique noire, prend son envol et quitte Motown avec qui il signa son premier contrat à l’âge de onze ans !

Lors d’une conférence de presse virtuelle, le musicien-producteur a multiplié les annonces. Il roulera désormais solo et fonde sa propre maison de disques, So What the Fuss Records, une structure rattachée au groupe Universal.

Plus militant que jamais, Stevie Wonder a également dévoilé deux nouvelles chansons sur sa chaîne YouTube : « Where Is Our Love Song » une balade écrite en 1968, mais enregistrée récemment avec le guitariste Gary Clark, Jr. Stevie Wonder signe également « Can’t Put It In The Hands Of Fate », un hymne go-go entonné avec les rappeurs Busta Rhymes, Rapsody, Cordae et Chika.

Et comme si cela ne suffisait pas, l’artiste aux 25 Grammy Awards annonce la sortie prochaine d’une compilation gospel en collaboration avec Motown (!) et un nouvel album, Through the Eyes of Wonder, attendu depuis une dizaine d’années. Change is now ?

Découvrez « Where Is Our Love Song » et « Can’t Put It In The Hands Of Fate » ci-dessous :



Give Me CD

Gagnez la compilation 2-CDs “Give Me The Funk !″

En partenariat avec Wagram Music, Funk★U vous offre des exemplaires de la compilation 2-CDs Give Me the Funk ! The Best Funky-Flavored Music.

Compilé par l’équipe de Funk★U Magazine, ce recueil 2-CDs renferme des classiques incontournables de Funkadelic, Gil Scott-Heron, Cymande, Ohio Players, Patrice Rushen, Curtis Mayfield, mais aussi des titres rares de Syl Johnson, Blowfly, The Sylvers, Little Beaver, T Connection et bien d’autres (informations).

Pour remporter les exemplaires CD mis en jeu, il suffit de répondre à la question suivante en nous écrivant à concoursfunku@gmail.com avant le vendredi 16 octobre. N’oubliez pas d’ajouter vos coordonnées complètes (nom, prénom, adresse postale) !

 Tracklisting CD

CD1 

  1. Manu Dibango Soul Makossa
  2. Blowfly  Nobody’s Butt But Yours, Babe
  3. George McCrae I Get Lifted
  4. GMTF! Digital 3000x3000Gil Scott-Heron Home Is Where The Hatred Is
  5. Gwen McCrae All This Love That I’M Givin’
  6. Little Beaver Concrete Jungle
  7. Bobby Byrd Back From The Dead
  8. Funkadelic Can You Get To That
  9. T Connection Funkannection
  10. The Sylvers I Aim To Please
  11. Patrice Rushen Hang It Up
  12. Jerry Butler & Jerry Peters Speak The Truth To The People – Frankie’s Theme
  13. Curtis Mayfield Toot An’ Toot An’ Toot
  14. Syl Johnson Ms Fine Brown Frame
  15. Cymande Bra
  16. Lonnie Liston Smith And The Cosmic Echoes A Chance For Peace

CD2

  1. Clarence Reid If It Was Good Enough For Daddy
  2. Betty Wright All Your Kissin’ Sho’ Don’T Make True Lovin’
  3. Andre Maurice You’re The Cream Of The Crop
  4. Uncle Louie Feat. Walter Murphy I Like Funky Music
  5. 9th Creation A Good Time
  6. Young Senators Jungle
  7. Blo Mind Walk
  8. Roger Damawuzan & Les As Du Bénin Wait For Me
  9. Jimmy “Bo” Horne Clean Up Man
  10. Doris Duke Woman Of The Ghetto
  11. Esther Phillips Home Is Where The Hatred Is
  12. Larry Dixon Hey Girl
  13. The Right Direction Midnight Rhythm
  14. Captain Sky Hero
  15. Barrett Strong Money (That’s What I Want)
  16. Booker T & the MG’s Green Onions

 


Lee Fields 2020

Les inédits de Lee Fields dans “Big Crown Vaults vol.1″

Le label Big Crown possède une poignée de chansons inédits qui n’ont pas encore trouvé leur chemin sur disque. En les réécoutant ces joyaux, le label a décidé de lancer une nouvelle série intitulée Big Crown Vaults, et le premier volume présente une sélection de titres inédits de Lee Fields & The Expressions. Ces morceaux ont été enregistrés pendant les sessions de Special Night et It Rains Love.

« Regenerate » trouve Lee Fields dans le royaume de la country soul, un style dans lequel le chanteur, originaire de la Caroline du Nord, s’épanouit. « Thinking About You » le ramène vers les pistes de danse. Lee Fields y conte le lien indestructible avec son être cher, et comment leur relation se renforce à travers les moments difficiles et douloureux. Ceux qui ont vu Lee Fields en concert lors de la dernière décénnie ont peut-être eu la chance d’entendre son interprétation de « Two Timer » de Little Carl Carlton. Cette reprise fidèle de la met en valeur la voix puissante de Lee Fields et le groove inébranlable des Expressions. « Do You Know » est une autre explosion funk ou le chanteur expose certains problèmes de société. On trouve aussi un instrumental avec « Out To Get You », sur lequel Lee Fields n’a jamais posé sa voix.

Big Crown Vaults Vol. 1 sera disponible le 4 décembre en CD, vinyle et version digitale (voir tracklisting ci-dessous).

TracklistingLee Fields Big 2020

1. Two Timer
2. Regenerate
3. Do You Know ?
4. Time
5. Thinking About You
6. Don’t Give Up
7. Out To Get You
8. Two Timer (Instrumental)
9. Regenerate (Instrumental)
10. Do You Know ? (Instrumental)
11. Thinking About You (Instrumental)
12. Don’t Give Up (Instrumental)

 

 


Prince SOTT Deluxe cosmic

Dans les coulisses de “Sign of the Times Super Deluxe” avec l’archiviste Duane Tudahl

Archiviste du Prince Estate et auteur du livre Prince and the Purple Rain Era Studio Sessions: 1983 and 1984, Duane Tudahl a contribué à l’élaboration du coffret Sign of the Times Super Deluxe. Plongée au cœur du Vault en compagnie d’un fan passionné. 

FunkU: Commençons par les trois disques de matériel inédit du coffret Sign of the Times Super Deluxe. De quelles sources audio êtes-vous partis pour faire votre sélection ?

Duane Tudahl : Avant tout, il faut savoir qu’il faut un an pour élaborer un coffret de ce genre. Il faut retrouver les images, faire toutes les recherches, dénicher les titres inédits, imaginer le packaging, penser au mastering, à la fabrication etc. Nous avons donc commencé par rechercher les mixes que Prince avait réalisé lui-même, quelque que soit le support. Dans tout ce que nous faisons, la source principale doit toujours être Prince. Par exemple, « Soul Psychedelicide » est un titre qu’il avait édité et mixé. Il avait produit cette version de 12 minutes à partir d’une répétition de The Revolution, à la veille du dernier concert américain de la tournée Parade au Madison Square Garden de New York, et ce titre était resté sur une étagère du Vault. Un autre exemple : nous savions que d’autres mixes de « Can I Play With U ? » circulaient dans le cercle des collectionneurs, mais, sauf erreur, nous avons choisi le dernier mix en date car c’est celui que Prince aurait sans doute sélectionné…

Plus généralement, nous avons cherché le moyen d’inclure dans ce coffret des choses que les fans les plus aguerris ne connaissaient pas. Par exemple, « Rebirth of the Flesh » contient une fin légèrement plus longue est des paroles que nous n’avions pas entendues dans les versions qui circulaient. C’est toujours intéressant de découvrir le premières intentions d’une chanson. Dans le livret du coffret, on découvre de nombreuses paroles manuscrites et on fait parfois d’étonnantes découvertes. Par exemple, « Starfish and Coffee » s’intitulait au départ « Starfish and Pee-pee » (« Etoile de mer et pipi », ndr) ! Susannah Melvoin a raconté cette histoire, mais sur le manuscrit des paroles que nous avons retrouvé, Prince avait barré “Pee-Pee” à l’encre rouge et réécrit “Starfish and Coffee” par-dessus.  Prenez « Forever in My Life » : dans cette première version, on a l’impression d’entendre quelqu’un faire une déclaration à sa petite amie. On entend Prince 5QLPPR056presque sourire dans cette version, qui est très différente de celle qu’il produira un peu plus tard pour Sign of the Times. De la même manière, la version de « Crucial » présente dans ce coffret contient également les paroles originales de la chanson, qui ne sont pas celles de la version parue sur l’album Crystal Ball.

En tant que complétiste, j’ai envie d’entendre chaque note de musique enregistrée par Prince. Lorsqu’on trouve dans le Vault un titre qui diffère de ce qu’on connaissait déjà, c’est comme si on tombait sur une mine d’or. Quand on découvre quelque chose sur nouveau sur Prince, ce type d’informations procure un éclairage nouveau sur sa manière de travailler, et tout à coup, on a l’impression de se trouver seul dans le studio aux côtés du maestro, notamment lorsqu’il donne des instructions au groupe avant la prise de “Power Fantastic”, pour citer un exemple.

 

Dans cette sélection, on trouve des chansons inédites finalisées, mais aussi des titres joués live en studio et des répétitions en groupe, à l’image de « Soul Psychedelicide ». Pourquoi avoir opté pour ce mélange ? 

Nous avons choisi cette option car l’album Sign of the Times est conçu de cette manière. On y trouve des titres plus anciens qu’il avait sélectionné dans le Vault, comme par exemple « I Could Never Take the Place of Your Man » qui remontait à 1979, ou encore « It’s Gonnna Be a Beautiful Night », qui est une improvisation live que Prince a choisi d’inclure dans l’album final. Il avait écrit la chanson dans l’après-midi, lors d’un soundcheck et il a décidé de la jouer sur scène le soir-même pour le public parisien. En rentrant à Minneapolis, il a ajouté quelques overdubs. C’est ce genre de progression, d’étapes successives avant d’arriver au résultat final, que nous avons voulu illustrer dans les choix de ce coffret, et cette variété des sources rend aussi l’écoute plus intéressante.

 

Avez-vous respecté une quelconque chronologie en élaborant ces trois disques d’inédits ?

Oui, car l’idée était de raconter une histoire, et lorsqu’on écoute ces titres inédits dans l’ordre de leur enregistrement, on découvre cette histoire. C’est une histoire assez complexe, mais ces chansons racontent la vie de Prince à ce moment précis. Elles soulignent également l’importance de l’influence de Susannah Melvoin dans l’écriture de Sign of the Times… Il est aussi intéressant de découvrir que certaines chansons peuvent en nourrir d’autres, à l’image de « It’s Be’s Like That Sometimes », qui contient des éléments de « The Ball », ou encore « The Cocoa Boys » qui fait référence à « It’s Gonna Be a Beautiful Night » et “Positivity” sur Lovesexy… En découvrant ces titres, j’ai parfois l’impression de reconstituer un puzzle géant et c’est une expérience très fun !

 

L’an dernier, Michael Howe nous expliquait que le le contenu de 1999 Deluxe proposait la quasi-totalité du matériel inédit enregistré par Prince au cours de cette période. Celle de Sign of the Times étant particulièrement riche, vous avez certainement dû faire des choix.

Absolument. Pour commencer, le coffret Sign of the Times Super Deluxe contient 8 CDs et un DVD, ou 13 vinyles et un DVD. Il coûte très cher, mais il fallait que son prix reste tout de même accessible et que son contenu soit exhaustif en même temps, même si en tant que fan, j’aurais adoré posséder un coffret de 20-CDs ! Ces rééditions sont comme un livre qui raconterait la carrière de Prince chapitre par chapitre. Sign of the Times n’est qu’un chapitre de cette histoire. Il y aura d’autres chapitres, et si une chanson manque à l’appel dans une réédition, il y a de fortes chances pour qu’elle apparaisse dans un volume suivant. Par exemple, nous avons choisi de ne pas inclure certaines chansons composées pour d’autres artistes et elle finiront peut-être dans un prochain volume de la série Originals, qui sait ? Il y a 47 titres inédits dans ce coffret, et j’ai lu il n’y a pas longtemps que ce coffret contenait plus de musique que Jimi Hendrix avait sorti de son vivant, où que Michael Jackson n’en avait publié au cours des années 1980 ! J’adorerais vous parler l’année prochaine d’un nouveau projet – voire de nouveaux projets -, et même de vous en parler chaque année pendant les vingt prochaines années. Bien entendu, je ne peux pas vous révéler le contenu du prochain projet, mais le Prince Estate est en train de travailler sur quelque chose d’inattendu, d’étonnant, de profond et de très complet. Prince a enregistré tellement de musique, et je pense qu’on parlera encore de ces rééditions pendant les vingt ou trente années à venir, voire plus.

 

Parlons des titres qui n’ont pas été sélectionnés pour ce coffret. Par exemple, avez-vous trouvé d’autres versions alternatives des titres de l’album Sign of the Times ?

Dans mon souvenir, nous avons trouvé des versions piano de certains titres, mais elles étaient incomplètes et la qualité sonore n’était pas aussi satisfaisante que nous le souhaitions, et il fallait avant tout choisir des versions satisfaisantes de chaque chanson. Un autre exemple : « Slow Love » date de 1984, mais la version qui figure sur Sign of the Times est la même, avec simplement l’ajout des cordes de Clare Fisher. Il faut bien comprendre que le Vault est énorme, et qu’on peut parfois tomber sur une chanson inédite sans titre ou une version alternative cachée à la fin d’une bande 24-pistes, mais nous n’avons pas trouvé de version antérieure  de « Strange Relationship » par exemple. J’imagine que si nous la trouvons d’ici-là, elle figurera sur le coffret correspondant à la période en question. Et si nous l’avions trouvée, nous aurions eu quatre versions dans ce coffret : la démo originale, la version de Wendy & Lisa, celle de l’album et le mix de Shep Pettibone. Combien de fois peut-on entendre la même chanson dans un seul coffret ? Et quelle chanson aurions-nous dû retirer du tracklisting pour l’inclure ?

 

Pourquoi ne pas avoir choisi d’inclure des titres de cette période comme « Sexual Suicide », « Movie Star » ou « Last Heart » ? Ils sont déjà parus dans l’album Crystal Ball en 1998, mais ils auraient pu donner un panorama plus complet de cette période aux auditeurs. 

Justement, nous ne les avons pas mis car ils étaient déjà sortis ! Il y a 47 inédits dans ce coffret, il n’y avait donc pas des place pour des titres déjà disponibles. En tant que fan, je préfère découvrir des chansons que je ne connais pas à la place d’autres déjà entendues dans d’autres albums.

 

Vous avez pourtant choisi d’inclure la version 45-tours de « Crystal Ball », alors que d’autres mixes de la version intégrale de près de dix minutes circulent depuis des années.

Nous aurions pu le faire, c’est vrai, mais Prince avait réalisé lui-même cet edit en vue de le publier en 45-tours. Un jour, Prince s’est rendu au studio en redemandant comment il pourrait compresser ce titre épique sur un single. C’était sa décision pour que le morceau puisse passer en radio. C’est un peu comme si Freddie Mercury avait choisi de couper les 2/3 de « Bohemian Rhapsody »…

 

Au rayon des fantasmes, Prince a évoqué lors d’une de ses dernières interviews une version de 17 minutes de « Adore ». L’avez-vous trouvée dans le Vault ?

J’en ai entendu parler, mais nous ne l’avons pas trouvée. Nous sommes toujours à la recherche de certains Graal, des titres, des jams, des répétitions ou des concerts précis. Je pense à la version originale de « Wally », entre autres (voir également notre entretien avec Susan Rogers, ndr.). La reprise de « Bad » de Michael Jackson est également sur notre liste, même si elle n’aurait pas pu figurer dans ce coffret car l’album Bad est sorti après Sign of the Times. J’adorerais l’entendre. Si quelqu’un l’a, qu’il contacte l’Estate (rires) !

 

En plus de ces trois disques inédits, l’édition Super Deluxe de Sign of the Times contient l’enregistrement live du concert d’Utrecht, le 20 juin 1987. Pourquoi avoir choisi ce show ?

Nous l’avons choisi car il s’agit d’un enregistrement soundboard qui ne circulait pas chez les fans, et aussi parce que nous avons souhaité nous écarter le plus possible du contenu du film officiel Sign of the Times. C’est aussi un enregistrement brut, qui retranscrit fidèlement ce qui se passait sur scène ce soir-là. Il y a quelques erreurs, mais il n’y a aucun overdub et on ressent particulièrement l’énergie et la puissance de cette performance, que je trouve excellente, et le groupe était vraiment tight.

 

Enfin, ce coffret propose le DVD inédit du concert du 31 décembre 1987 à Paisley Park, avec une apparition de Miles Davis.

Ce concert circulait chez les collectionneurs, mais de manière incomplète dans une copie vidéo dégradée et en mono. Personne n’avait vu les 45 premières minutes de ce show. Nous sommes retournés vers les masters d’origine et nous avons découvert les rushes de toutes les caméras, avec des plans de Prince et des angles qui ne figuraient pas dans le montage qui circulait. J’ai été réalisateur, producteur et monteur d’émissions TV pendant 30 ans, et mon travail sur ce DVD a consisté à proposer la meilleure version possible de ce concert à partir des sources originales et en stéréo. Ce concert est aussi très intéressant d’un point de vue historique : il documente la toute dernière performance de la tournée Sign of the Times, des mois après les derniers shows de la tournée, tout en anticipant la tournée Lovesexy, dont il venait de commencer l’enregistrement. C’est un point de transition fascinant qui établit un pont entre son point de vue sur Sign of the Times et Lovesexy, qui commence à germer.

 

Depuis trois ans, nous finissons nos entretiens avec les archivistes du Prince Estate avec cette même question : l’inventaire du Vault est-il terminé ?

5QCDPR045Non, car nous parlons d’une carrière de 40 ans ! Prince pouvait enregistrer deux ou trois chansons par jour et il a donné des centaines de concerts, enregistré des vidéos et tourné plusieurs films au cours de sa vie. Il répétait également chaque jour pendant des heures et des heures, il a enregistré des albums qui ne sont jamais sortis, et a travaillé sur un grand nombre de chansons dont nous ignorons encore l’existence. L’exploration du Vault est un travail de titan et il faudra des années pour l’achever et essayer de tout comprendre. Prince a également bâti ce Vault pendant 40 ans, imaginez le temps qu’il faudra pour arriver au bout de cette histoire… Mais ceci fait également partie du bonheur, du plaisir et de la joie d’être un fan de Prince. Bob Dylan, les Beatles, les Monkees, les Beach Boys et Jimi Hendrix continuent de publier du matériel inédit. Hendrix est mort il y a 50 ans, et nous pouvons facilement imaginer que nous allons découvrir des titres inédits de Prince pendant les longues années à venir. Nos enfants, et même nos petits-enfants, entendront ces titres car Prince le mérite. Son héritage doit se prolonger aussi longtemps que possible, et notre mission consiste aussi à bâtir un pont vers les futures générations de fans de Prince. Prince était le meilleur. Personne n’a fait ce qu’il a fait, et plus personne ne le fera.

Une dernière question. Quand allez-vous signer un autre livre sur les séances d’enregistrement de Prince ?
Hier, j’ai rendu la première version du manuscrit de mon deuxième livre sur les séances studio de Prince et il devrait normalement sortir en mai 2021. Il couvre les années 1985 et 86, qui correspondent à la période allant de Parade à Sign of the Times. Si vous avez aimé le premier livre, vous allez aussi aimer celui-là car il contient des interviews avec 20 nouveaux intervenants qui étaient présents dans le studio avec lui. J’ai passé beaucoup de temps avec Wendy et Lisa, Susannah Melvoin, Susan Rogers et d’autres associés qui ne s’expriment que très rarement en public. Ce volume contient beaucoup plus d’informations, de dates et de détails. Il fera probablement plus de 500 pages, et c’est fou de se dire que ces 500 pages ne racontent que deux ans de la vie de Prince, mais c’est le témoignage de son ardeur au travail. De plus, de nombreux titres mentionnés dans ce livre sont désormais disponibles grâce à la sortie du coffret Sign O’ The Times Super Deluxe, et les lecteurs pourront ainsi les écouter en lisant le livre.

Propos recueillis par Christophe Geudin

Prince Sign of the Times Super Deluxe (Warner Records). Sortie le 25 septembre en éditions Super Deluxe (8CD+DVD / 13LP+DVD), Deluxe (3CD / 4LP 180-grammes) album remasterisé (2CD / 2LP 180-grammes couleur pêche) et versions digitales.


Tower of Power

Disparition du bassiste Rocco Prestia (Tower of Power)

Membre incontournable du panthéon des héros de la basse funk, Rocco Prestia, le fantastique pilonneur de Tower of Power, est décédé à l’âge de 69 ans.

Originaire de Sonora (Californie), Frank Hueton, alias Rocco Prestia, avait été auditionné à l’âge de 14 ans par son camarade de classe Emilio Castillo. Le début d’une longue carrière de près de 50 ans au sein du gang soul-funk de la Bay Area, uniquement freinée par un départ temporaire en 1977, puis un retrait de la scène en 2018 pour raisons de santé. Son style percussif, basé sur un slap surpuissant dans la lignée d’un Larry Graham, faisait aussi la part belle aux fameuses dead notes, une des armes létales du funk. Rocco Prestia est également la source principale de “What is Hip ?”, un des plus grands hits de Tower of Power astucieusement articulé autour d’une seule note, à la manière d’un drone.

RIP, Rocco Prestia


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